Dossier d'archives · Dordogne
Six siècles et demi d'un hameau de crête : d'un Guillaume de Bertiers investi d'une terre en 1372 aux noyers plantés en 2023, en passant par les laboureurs (cultivateurs) Dansergues de 1669, les sieurs (propriétaires notables) de Lapeyrouse des années 1680 et une famille qui, pendant cent cinquante ans, s'est appelée du nom du lieu. Trois registres paroissiaux et dix-sept recensements examinés — et une date fausse, imprimée depuis 1873, qu'il a fallu défaire.
Tous les lieux-dits de Saint-Félix-de-Villadeix
Berthier est à deux kilomètres au nord-est du bourg de Saint-Félix, sur le replat sommital d'une croupe calcaire orientée nord-sud, large d'à peine 250 mètres. Le hameau est à 174-177 m. À l'ouest, le versant tombe en 250 mètres jusqu'à une combe à 128 m — quarante-huit mètres plus bas, raide et boisé. À l'est, la pente est plus douce (146 m). Au nord, la croupe remonte vers La Cabane (183 m) ; au sud elle s'effile vers Gaprissade — « Garissade » sur toutes les cartes anciennes — puis vers la Louyre, à 940 mètres. Cavigne est à 600 m au sud-ouest, Cantegrel à 700 m au nord-ouest.
Le bâti n'a jamais quitté cette ligne. Du plan cadastral de 1824 (le « cadastre napoléonien ») aux photographies aériennes de 2024, il tient en trois groupes échelonnés le long du chemin de crête — l'actuel Chemin Berthier — toujours du côté est du chemin : une maison au nord (aujourd'hui n° 611), un groupe central (n° 697 et 831, avec les hangars), une maison au sud (n° 855).
Il n'y a pas d'eau sur la crête. Ni ruisseau, ni mare, ni fontaine figurée sur aucun plan. La seule eau proche est la « source de Berthier » (point d'eau BSS001YQRK du BRGM), à 230 m à l'ouest-nord-ouest et quarante mètres en contrebas : une résurgence du karst campanien, inventoriée aussi comme cavité naturelle. Le LiDAR (relevé laser du relief) montre plusieurs chemins creux qui descendent du hameau vers elle. Habiter Berthier, pendant des siècles, a voulu dire remonter l'eau. Relevé LiDAR · BRGM
Le sous-sol est un calcaire bioclastique jaune du Campanien supérieur, karstifié : dix-sept cavités sont recensées dans un rayon de deux kilomètres, dont les cluzeaux (souterrains aménagés médiévaux) de Cavigne et de La Cabane, chacun à 700 m, et les grottes de La Cabane, à 360 m. À 1,8 km au nord-ouest s'étend l'agglomération gauloise de La Peyrouse, découverte en 2014. Rien de tout cela n'est à Berthier : le LiDAR n'y montre ni enclos fossile, ni terrasse ancienne, ni plate-forme de bâtiment disparu hors des trois emplacements connus.
Bertier est un nom de baptême germanique, Berht-hari (« brillant » + « armée »), latinisé Bertharius, devenu nom de famille. Ici il sert de nom de lieu tel quel, sans suffixe : le lieu s'appelle « Bertier » comme on dirait « chez Bertier ». La commune en aligne toute une série du même type — Le Girard, Constant, Rabard, Rounat, Bessou. Le h est une coquetterie graphique du XIXe siècle : les recenseurs l'adoptent dès 1841 et la carte d'état-major l'écrit déjà, tandis que la carte de 1956 revient à Bertier : les deux orthographes ont longtemps coexisté. Étymologie établie
OpenStreetMap rattache aujourd'hui le « Chemin Berthier » au maréchal d'Empire Louis-Alexandre Berthier (étiquette ajoutée par un contributeur en 2025). C'est une fausse étymologie par homonymie : le nom est porté par un homme de la paroisse (l'ancêtre de la commune) près de quatre siècles avant la naissance du maréchal (1753).
Le Dictionnaire topographique de la Dordogne du vicomte de Gourgues (1873), seule source imprimée à donner des formes anciennes du nom, est cité en ligne avec « Bertiera, 1453 » et « 1636 » ; sur l'image de la page 22, l'entrée dit en réalité :
« BERTIER, h. cne de Saint-Félix-de-Villadeix. — Bertiers, 1483 (Lesp. 82, p. 30). — La Ribeyrolle de Bertier, 1630 (Acte not.). » Gourgues, 1873, p. 22 — Gallica bpt6k39292s, vue 115
Gourgues se trompe de volume : sa propre table dit que le tome 82 du fonds Lespine couvre 1300-1335. L'acte de 1483 est au tome 84, folio 30 ; il est numérisé, et il ne parle probablement pas de ce Berthier-ci (voir plus bas).
Le Moulin Bertier, sur le Caudeau, entre Saint-Michel-de-Villadeix et Saint-Laurent-des-Bâtons, à 5,7 km au nord-est : hameau et moulin déjà sur la carte de Belleyme, « sieurs de Bertier » (famille Renier) au cahier de doléances de Saint-Laurent en 1789. Les Berthier de Bergerac, bourgeois et marchands protestants (dont Isaac-Alexandre, né en 1638, fondateur de Berthierville au Québec) : toutes les occurrences « Berthier » des inventaires judiciaires des Archives de la Dordogne les concernent. Les comtes de Bertier, seigneurs de Groléjac en Sarladais. Aucun lien attesté avec le hameau.
En 1365, le fouage du Prince Noir compte 89 feux à Sancti Felicis et range la paroisse dans la châtellenie de Montclar (aujourd'hui Saint-Georges-de-Montclard), avec sept autres. Elle y restera jusqu'en 1789 : seigneurs de Mouleydier, puis Estissac au XVe siècle, puis ducs de La Rochefoucauld. Au nord-est commence une autre terre, celle des Pons de Saint-Maurice ; à l'est, Saint-Marcel relève de Clérans.
Des années 1369-1375 subsistait, dans les papiers de la vicomté de Turenne, le petit registre d'Arnaud de Lacot, notaire de Montclar. L'abbé Lespine l'a vu à Paris, à l'hôtel de Soubise, et l'a analysé ; l'original n'a pas été retrouvé depuis. On y voit le seigneur de Montclar accenser lui-même des tenures à des gens de Saint-Félix — le mainement de Cavarupe (Caveroque) à Gérald de la Palus en 1370 — et deux hommes, l'un de Saint-Laurent, l'autre de Saint-Félix, se reconnaître débiteurs de trente francs d'or envers le damoiseau Hélie Pons pour la rançon d'Étienne Audebert, « qui captus fuerat per Anglicos, morantes apud Montanhacum » — la garnison anglaise de Montagnac. Et ceci :
C'est, à ce jour, la plus ancienne attestation du nom attachée à la paroisse. Lu sur l'original Lespine ne donne que « mercredi de la fête de Saint-Mémoire, 1372 » — ni jour ni mois chiffrés. R. Amiet situe la Saint-Mémoire périgourdine au 26 mai dans son étude du calendrier diocésain de 1548-1559 ; or le 26 mai 1372 (calendrier julien) tombe bien un mercredi. L'accord est fort, mais il repose sur un calendrier postérieur d'un siècle et demi et ne remplace pas une date chiffrée dans l'original : il faut donc écrire « très probablement le mercredi 26 mai 1372 », comme restitution, non comme une date lue telle quelle.Date restituée d'après Amiet, 1988, p. 125 Guillaume n'est dit ni noble ni damoiseau, à la différence des Campnhac ou des Pons du même registre : c'est un tenancier, qui acquiert une terre à Grand-Castang, à 5,5 km au sud-est, et que la dame foncière met en possession.
Il faut prendre la mention pour ce qu'elle est : un nom de personne. Mais le registre a une habitude qui compte. Les paroissiens de Saint-Félix y portent le nom de leur écart : Gérald de la Palus (La Palut), P. de Castaneto (Castang), Hélie de la Espinassa. Guillaume de Bertiers s'y range naturellement : la lecture la plus économique est que le mas « des Bertier » existait déjà sous ce nom en 1372, et qu'il en venait. L'analyse de Lespine ne le dit pas en toutes lettres ; seul l'original latin, s'il reparaît aux Archives nationales, le dirait. Lien avec le hameau : très probable, non écrit
L'acte que cite Gourgues est un parchemin original : le 30 janvier 1483 (ancien style), à Saint-Laurent-des-Bâtons, le prêtre Jean Grel reconnaît tenir de noble Charles de Pons, seigneur de Saint-Maurice, le maynement de Sengeyrac, paroisse de Saint-Michel-de-Villadeix, pour quatre sous tournois et deux quartes de froment, mesure de Bergerac. « Bertiers » n'y figure que dans les confronts, comme destination d'un chemin :
Un chemin qui part du bourg de Saint-Michel, un bien situé dans cette paroisse, un autre confront nommé Lo Passet quand la carte de Belleyme place un « Passadou » à côté du Moulin Bertier, un acte passé à Saint-Laurent : tout désigne le Bertier du Caudeau, à 2,4 km de Saint-Michel, plutôt que celui de Saint-Félix, à plus de six. La géométrie le confirme : depuis Saint-Michel, le Moulin Bertier et Saint-Avit-de-Vialard — le Sainct Chauvit de l'acte — sont sur un même axe est-sud-est, à quinze degrés près ; le Berthier de Saint-Félix est à angle droit de cet axe, deux paroisses plus loin. Gourgues, qui ne connaissait à Saint-Laurent qu'un « Bertieux » sans moulin, a rattaché la mention au seul Bertier de son fichier. Parmi les témoins de l'acte, un Petrus Gontier, prêtre de Saint-Laurent : le patronyme est déjà dans le pays.Attribution écartée à 85-90 %
1630. « La Ribeyrolle de Bertier » : c'est la première mention qui désigne sûrement ce lieu-ci. Ribeiròla, en occitan, est un petit fond de vallon, un pré de bas-fond — ici, sans grand risque, la combe de la source. Gourgues l'a tirée d'un registre de notaire de sa collection personnelle, au château de Lanquais ; l'acte n'a pas été retrouvé (ses papiers sont aux Archives nationales, 109 AP).Acte non localisé
17 septembre 1669. Les registres paroissiaux de Saint-Félix commencent en 1668, et le curé Jean de Baget a la bonne habitude de nommer le village de chacun. Dès la deuxième année conservée, Bertier apparaît — et c'est aujourd'hui la plus ancienne preuve que le lieu est habité :
Les mêmes années donnent tout un voisinage, et l'on peut suivre les mêmes hommes d'un acte à l'autre. Pierre Coste dit Jauvette, laboureur, est dit « habitant du village du Bertier » en septembre et en novembre 1669. En 1670, Pierre Dansergues n'est plus laboureur mais boucher. En 1671, deux Dansergues, chacun dit « fils de Pierre », se marient coup sur coup — les actes ne nomment pas leur mère : Jean, vingt ans, laboureur, le 12 avril ; Guyon [?] (lecture incertaine), trente ans, veuf, laboureur, le 2 juin — tous deux « du village de Bertier ». Ce même Guyon est tisserand quand il tient un enfant sur les fonts en novembre 1672, et sa femme Delphine Gaurel est encore dite « habitante du village du Bertier » en octobre 1673. En février 1676, c'est un autre métier à tisser qui apparaît : Jean Lavinie, laboureur de vingt-deux ans, se marie ; il habite « le village du Bertie » avec son père, tisserand. En août de la même année, on enterre un homme d'environ quatre-vingts ans, Pierre G…dal [?] (nom mal lisible), de la paroisse de Saint-Hilaire en Limousin, mort dans la nuit à Bertier ; deux amis l'accompagnent au cimetière, Jean Lavinie, laboureur du village, et Léonard Fardet, maréchal de Lapouleille. L'acte écrit son âge « huictante ans », forme méridionale de quatre-vingts. Lu sur les originaux
Et le 20 novembre 1678, c'est un Coste, laboureur, marié à Marie Lavignie, qu'on trouve « habitans de Bertie », avec pour parrain (celui qui présente l'enfant au baptême) un Lavignie tisserant « habitant dud. Bertie » — la même maison, dix ans plus tard. Les deux familles se sont alliées : Marie Lavignie a épousé un Coste, et le tisserand Mérigot Lavignie est le grand-père des petits Coste qu'on porte au cimetière.
Les trois registres paroissiaux de la paroisse — 1668-1680, 1681-1741, 1743-1792, soit près de quinze cents vues — ont été lus en entier. La mention de septembre 1669 est bien la première où le nom apparaît, les pages antérieures n'en portant aucune trace. Ensuite, il revient sans discontinuer jusqu'à la Révolution. Registres lus en entier
Le 25 février 1680, le curé baptise une petite fille de La Cabane. La marraine est « Izabeau Roumegoy, fille de Jaques Roumegos sieur de Lapeyrouze, habitant du village de Bertier ». Le titre pourrait se confondre avec le hameau de Lapouleille, que le même curé écrit « Lapoletgie » deux pages plus loin ; les deux écritures, mises côte à côte sur l'original, se séparent nettement.
Ce n'est pas un cas isolé. L'année précédente, en septembre 1681, on enterre à Bertie une « damoiselle » de cinquante ans — un titre que ce registre ne donne qu'aux femmes de familles bourgeoises ou nobles. En août 1685, un témoin de mariage est « Joseph de Rochon, sieur de Larbonne, habitant dud. village du Bertier » : il est l'un des deux seuls signataires de l'acte, et il signe « Larbonne de la Peyrouse ». En novembre 1686, un autre « sieur de Lapeyrouze, habitant du village de Bertier » figure au mariage de Françoise de Rochon, demoiselle de Bellegarde, fille de feu Jacques de Rochon, sieur de Lapeyrouse.
Entre les deux, le 8 avril 1682, une convention sur la chapelle Saint-Nicolas — conservée dans les archives privées de Lavernelle et publiée en 1983 — domicilie expressément « ledit Sieur de Lapeyrouse du lieu de Bertier » : Jacques de Rouchon, écuyer, y agit aussi pour les enfants de son fils défunt, François de Rouchon, écuyer, sieur de Bellegarde. C'est la seule pièce imprimée, hors Gourgues et Brugière, qui nomme le hameau. Édition savante ; original privé non consulté
Autrement dit : dans les années 1680, la maison de maître de Bertier est occupée par la famille qui porte le nom du domaine noble voisin, à deux kilomètres de là — ces Rochon de Lapeyrouse qu'on retrouvera maires de la commune sous la Restauration, et que le chanoine Brugière rangera parmi les familles notables éteintes. Le patronyme de 1680 se lit « Roumegos » et non « Rochon » : ou bien deux familles ont porté successivement le même titre, ou bien la plume du curé a trahi l'une des deux lectures.Patronyme de 1680 discuté
Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu à Bertier, dès le XVIIe siècle, une maison qui n'était pas celle d'un laboureur. On la retrouve ensuite par intermittence pendant deux siècles : la demoiselle Chambon enterrée dans l'église en 1774, le « Monsieur » sans nom de 1782, les Gontier « sieurs de Bertier » de 1766 à 1887.Lu sur les originaux
Voici, dans l'ordre, ce que les registres disent du hameau. Le curé nomme le village de chacun ; Bertier y revient régulièrement, sans jamais compter plus de deux ou trois ménages à la fois. Le nom s'écrit du Bertier, au bertier, au village du bertier, au lieu du bertier — toujours avec l'article, comme on dit « à la Cabane ».
| Date | Acte | Qui, à Bertier |
|---|---|---|
| 1669-1671 | baptêmes, sépultures, mariages | Pierre Dansergues, laboureur puis boucher, et Marguerite Lambert ; Jean, Guyon [?] et Pierre, fils d'un Pierre Dansergues (leur mère n'est pas nommée) · Pierre Coste dit Jauvette, laboureur, puis « travailleur à bras » · Jean Coste, laboureur |
| 1672-1678 | idem | Guyon Dansergues, devenu tisserand, et sa femme Delphine, morte au village vers 60 ans · Pierre Darsigue, tisserand, et sa fille Marguerite · Léger puis Jacques Coste, laboureurs, mariés à Marie Lavignie · Mérigot Lavignie, tisserand, et ses fils Jean, laboureur, et Bernard |
| 29 janv. 1680 | mariage | Guyonne Sauve, 23 ans, « habitante du village de Bertie » |
| 25 fév. 1680 | baptême | Jaques Roumegos, sieur de Lapeyrouze, « habitant du village de Bertier », et sa fille Izabeau |
| 26 sept. 1681 | sépulture | une « damoiselle » de 50 ans, morte à Bertie |
| 30 sept. 1681 27 juin 1682 | mariages | deux jeunes femmes « habitantes du Bertie » : Jeanne Gadouine, 22 ans · une Calvet, 22 ans, « n'estant soubz la puissance de personne » |
| 1682-1683 | baptême, sépulture | Jean Delsmagien, laboureur, et Jeanne Chadourne, « tous du village de Bertie » · Jean Marteilhe, environ 55 ans, mort au village |
| 17 déc. 1684 | baptême | Jean Dumoulin, laboureur, et Marie Mauri, « habitants du village de Bertier » |
| 23 août 1685 25 nov. 1686 | mariages | Joseph de Rochon, sieur de Larbonne, « habitant dud. village du Bertier », qui signe « Larbonne de la Peyrouse » · un sieur de Lapeyrouze du même village |
| 10 et 12 mai 1688 | sépultures | Jean Rochon, sieur de la Faye, ≈15 ans, puis Marguerite Rochon, damoiselle de Bertier, ≈25 ans, tous deux inhumés dans la chapelle Saint-Nicolas |
| 1686-1688 | baptêmes, mariage | la famille Azerinère (Peyre, Raymond, Marguerite), laboureurs, et Guilhaume Chauteguielz, venu de Lapouleille s'installer chez sa femme ; une « Raulière de Bertier » est nommée |
| mai-juin 1688 | trois sépultures | en vingt-trois jours : Magdelaine Azemire, 15 ans ; une femme de 25 ans ; Jean Azemire dit Monque, laboureur, environ 50 ans — son fils Jean et son gendre Guillaume Chantegreil habitent aussi Bertier |
| 23 oct. 1689 | baptême | Elie Falcon, « travailleur de terre », habitant du village du Bertier |
| 1er sept. 1692 | sépulture | Jeanne Beaussani, 80 ans, morte au lieu du Bertier ; son fils Giraud Peyrot, laboureur, y habite |
| mars-avril 1707 | baptêmes | Léonard et Jean Falgueyret, au village de Bertie |
| 2 fév. 1734 28 sept. 1738 | baptêmes | Jean Gonthié dit « du Berthié » et sa femme Chambon, « habitans du lieu du Berthié » ; parrain Pierre Gonthié, sieur, oncle de l'enfant |
| 12 sept. 1745 | baptême | Jean Besse et Marie Fontagnieu, « habitants au bertier » ; marraine Jeanne Besse, « du susd. village du bertier » |
| 16 mai 1750 | sépulture | Gabrielle Favareilles, « morte au lieu de bertier » après avoir reçu les sacrements |
| 1er sept. 1752 | sépulture | Jean Vilate, « décédé presque subitement au village du bertier », environ 45 ans |
| 30 mars 1757 | baptême | Antoine Delcros, parrain, « habitant au bertier » |
| 23 fév. 1761 | baptême | Jean Croc et Françoise Belle, « habitans au bertier » ; leur fils Bertrand |
| 3 oct. 1762 | baptême | Françoise Belle, marraine, « habitante au bertier présente paroisse » |
| 28 déc. 1762 | sépulture | Marguerite Lafaye, « décédée au bertier », environ 65 ans |
| 24 oct. 1763 | baptême | Antoine Millard et Jeanne Roux, « habitans au lieu du bertier » ; leur fils Guillaume |
| 17 mai 1767 | baptême | Jean Delcros et Françoise Besse, « habitans au lieu du bertier » ; leur fils Pierre |
| 9 oct. 1774 | sépulture | demoiselle Marguerite Chambon, environ 72 ans, « décédée au village de Bertier », enterrée dans l'église |
| 8 oct. 1782 | sépulture | un « Monsieur » d'environ 80 ans, « décédé au village de bertier » — le curé a laissé le nom en blanc |
| 31 mai 1784 15 mars 1786 | baptêmes | Jean Gauvel et Marie Durestal, « du village de Bertier » |
| 6 juin 1787 | sépulture | Pierre Gause, à Bertier |
| 29 janv. 1793 | décès | le nouveau-né de Pierre Gontier, tailleur d'habits, chez son beau-père Antoine Milliat, maçon, « demeurant à Bertier » |
Trois choses s'y lisent. D'abord une continuité de familles : les Besse en 1745, une Françoise Besse mariée à un Delcros en 1767, des Delcros encore en 1757 et 1764 — et un Pierre Delcros sera recensé à Berthier en 1856. Surtout, la Marie Duvestal de 1784 porte le patronyme que les recenseurs écriront Durestal, Jurestal ou Juvestal quand ils trouveront cette famille métayère à Berthier de 1841 à 1856 : elle y est donc depuis deux générations au moins.
Ensuite, une anomalie — que la suite de ce dossier résoudra. Le 9 octobre 1774, on enterre dans l'église, privilège réservé aux notables, une demoiselle Marguerite Chambon, morte à Bertier à environ 72 ans. Le titre et le lieu de sépulture disent une personne de condition ; retenons le nom, on va le retrouver.
Le dernier volume des registres livre la pièce manquante. Le 2 février 1734, puis le 28 septembre 1738, le curé Vallade baptise deux filles de « Jean Gonthié du Berthié » et de sa femme, une Chambon, « habitans du lieu du Berthié ». Le parrain est chaque fois Pierre Gonthié, sieur — d'un lieu que l'encre rend indéchiffrable — et l'acte de 1738 le dit expressément oncle de la baptisée.
Deux conséquences. D'abord, les Gontier sont à Berthier dès 1734, cinquante-cinq ans avant le cahier de doléances, et le curé leur accole déjà le nom du lieu comme un surnom : « Gonthié du Berthié ». Ensuite — et c'est l'anomalie de 1774 qui se résout — cette femme Chambon donne son nom à la demoiselle Marguerite Chambon qu'on enterre dans l'église quarante ans plus tard, morte au village de Bertier à environ soixante-douze ans. Ce n'était pas une inconnue de passage : c'était la maîtresse de maison.Identification très probable
Le « Monsieur » d'environ quatre-vingts ans qu'on enterre en 1782, et dont le curé a laissé le nom en blanc, serait alors son mari, né comme elle vers 1702 et mort huit ans après elle. C'est une reconstitution, non une preuve — mais elle rend compte de tous les actes. Hypothèse
À la génération suivante, le titre est fixé. Le 9 août 1766, le curé baptise Jean Gontier, né quatre jours plus tôt, « fils legitime à jean gontier sr de bertier et à françoise martine demoiselle du bertier ses père et mère, habitans au bertier ». Trois ans plus tard, pour la petite Anne, le curé écrit la même chose en plus solennel :
Le plus ancien porteur connu du nom du lieu n'est donc pas le Léonard Gontier de 1789 : vingt-trois ans plus tôt, il existe un « sieur de Bertier » — un homme qui tire son nom de sa terre, comme les Bonfils de Lavernelle ou les Favareille de Caveroque. Et l'enfant baptisé ce 9 août 1766 est exactement celui dont l'acte de décès, en 1825, dira qu'il avait cinquante-neuf ans, qu'il était « fils légitime de Jean Gontier et de Françoise Martine » et qu'il était né « à Berthier » : les deux actes se recouvrent trait pour trait, à cinquante-neuf ans d'intervalle.Deux actes concordants
V. 1766-1780. Cassini ne nomme pas le lieu, mais grave un petit signe de hameau anonyme exactement là, entre « la Cabane » et « Garissade ». Belleyme écrit « Bertier » et lui donne le signe conventionnel du hameau — le même qu'à La Cabane et Cavigne — quand Garissade et Cantegrel n'ont droit qu'à celui de la maison isolée. Aucun chemin n'y mène sur la carte ; des bois couvrent le nord-est.
8 mars 1789. Dans la maison curiale, devant le juge de la baronnie de Montclar, treize « bourgeois et principaux habitans » rédigent le cahier de doléances d'une paroisse de 170 feux. Parmi eux, Léonard Gontier. Ses voisins signent du nom de leur domaine — Lavernelle pour Bonfils, Cavaroque pour Favareille. Lui signe :
Bertier a donc, à la veille de la Révolution, un maître bourgeois qui en porte le nom. Lu sur l'original Le cahier qu'il signe réclame un impôt unique « réparti sur toutes personnes sans distinction d'état ni condition », des états provinciaux, les mêmes privilèges pour les habitants des campagnes que pour ceux des villes, et la remise en état des chemins — sept articles, aucun ne concerne le hameau.
Les Gontier sont une vieille famille de la paroisse, mais il faut y regarder de près. Le « Gontier notaire à Saint-Félix » de l'inventaire des archives (cote J 702, 1678-1699) est Estienne Gontier, notaire royal — et il réside à La Valette, à l'autre bout de la commune : les registres le montrent parrain en 1673 et 1678 « habitant du village de Lavalete ». Un siècle plus tard, en 1746, c'est encore à La Valette qu'on enterre « Estienne Gontier sieur de Leymarie », 83 ans, et en 1747 que meurent deux « bordiers du sieur Gontier ». La famille est donc établie de longue date dans la paroisse, avec des notaires, un avocat juge de Clérans et deux curés — mais rien ne la rattache encore à Bertier avant 1789.Lien à établir
Le plan cadastral, « terminé sur le terrain le 10 août 1824 », est le premier document qui dessine Bertier maison par maison (feuille C2, levée par le géomètre Delord, au 1/2 500). Il montre sept emprises bâties en trois groupes, sans cour fermée, étirées sur 190 mètres :
Le plan a été recalé sur le cadastre actuel (écart résiduel : 1 à 5 m). Verdict : trois bâtiments de 1824 subsistent au même emplacement et dans la même orientation — la maison nord (aujourd'hui C 642, n° 611), la grange de la parcelle 473 (C 729, n° 831, allongée vers le nord) et le logis au signal « Y » avec son annexe (C 670, n° 855), dont l'emprise se superpose presque trait pour trait. Deux ont disparu avant 1950 : le long bâtiment du bord du chemin et l'aile sud-ouest du logis. Le corps en L du n° 697 est postérieur à 1824 et antérieur à 1950. Plans superposés
Ce que le plan ne dit pas : à qui tout cela appartient, et ce qui est maison, grange ou étable. Ces réponses sont dans l'état de sections et la matrice de 1826 (le registre des propriétaires ; AD24, 63 P 1716 et 63 P 704), qui ne sont pas numérisés. La grande parcelle ouverte n° 472, au cœur du groupe sud, a l'allure d'un couderc — l'espace commun d'un village — mais seul l'état de sections le dira.
L'état civil permet de reconstituer la famille qui possède Berthier de la Révolution au Second Empire — et d'expliquer comment le nom des propriétaires change deux fois sans que le bien sorte jamais de la famille.
Le pivot est Jean Gontier. Son acte de décès, le 2 août 1825, est la pièce la plus nette de tout le dossier :
Trois faits d'un coup. Jean Gontier est né à Berthier — le registre paroissial donne même le jour : le 5 août 1766 ; son père s'appelait déjà Jean Gontier, « sieur de Bertier », et sa mère Françoise Martine, « demoiselle du Bertier » ; et le lieu est dit « son bien », c'est-à-dire sa propriété et non une tenure. Lu sur l'original
Il épouse Marie Guillien, de Saint-Marcel, le 9 février 1792, à la fin du dernier registre paroissial : le mariage se fait « du consentement de M. Gontier, archiprêtre de Saint-Marcel » — encore un Gontier — et parmi les témoins un Léonard Gontier signe « Gontier père ». Quatre de leurs enfants naissent à Bertier : Jeanne en décembre 1796, Anne en 1799, Eymeric en 1803, Léonard en 1805.
Cet homme-là fait toute la vie publique de la commune pendant vingt ans. La chaîne des officiers d'état civil le montre officier municipal en l'an IV, adjoint municipal en l'an VIII, puis adjoint au maire de 1812 à 1819 : c'est lui qui reçoit les naissances et les décès de ses voisins et qui signe « Gontier adjoint » au bas des registres. Signatures comparées
Une réserve, qu'il faut garder en vue : ce Léonard Gontier qui signe « Gontier père » en 1792 est celui qui signait « gontier de bertier » trois ans plus tôt, et il vit encore à Bertier en juillet 1811, où il déclare un décès comme « Léonard Gontier, agriculteur demeurant à Bertier ». Or l'acte de baptême de 1766 comme l'acte de décès de 1825 donnent tous deux Jean pour père. Le plus probable est que « père » ait ici son sens ancien d'aîné, employé pour distinguer deux homonymes : Léonard serait alors un frère aîné, non le père. Deux hommes de la même maison portaient donc le nom du lieu.Lien de parenté non tranché
Cette Jeanne Gontier est la « Gonthier veuve Garrigue » que le recenseur trouvera chef de ménage à Berthier en 1856, avec ses deux fils prénommés Étienne. Elle meurt au hameau le 31 décembre 1861. Son fils Jean Garrigue, né en 1822 à Sainte-Foy-de-Longas, épouse en février 1857 Mélanie Anne Gonthier, née à Berthier le 22 mai 1831 — fille de Léonard Gontier, le frère cadet de sa mère. Autrement dit : les deux cousins germains se marient, et les deux moitiés de l'héritage Gontier se rejoignent. C'est le couple « Garrigue × Gonthier » que les recensements de 1861 à 1881 montrent propriétaire résident, avec domestiques. Actes lus sur les originaux
Les autres enfants s'éloignent sans perdre le lien : Eymeric, l'aîné resté sur place, perd sa première femme Marthe Reynier à Berthier en 1838, se remarie en 1840 à Clermont-de-Beauregard avec Pétronille Malbec, et disparaît des listes après 1846 ; Léonard s'établit par mariage à Tirigan, commune de Saint-Marcel, dont il devient maire — mais sa fille naît à Berthier en 1831, preuve que la maison de famille reste le point d'attache.
Jean-Étienne Garrigue meurt à Berthier le 5 juin 1878. Le recensement de 1881 montre ensuite deux ménages distincts au hameau : d'un côté la veuve Anne Gonthier, propriétaire, avec son fils Léonard-Élie ; de l'autre Jean Carsat, métayer (qui cultive la terre d'autrui contre une part de la récolte), sa femme Anne Rouchon, leurs enfants, et, en dernière ligne, « Gontier Françoise, veuve, 60 ans, mère du chef de ménage » — la mère de Carsat, donc : cette Françoise Gontier est une personne distincte de Marguerite Laveyrie, mère de la veuve Anne, qui vit encore et meurt au hameau le 2 novembre 1887, qualifiée de « métayère » dans l'acte qui déclare son décès.Recensement de 1881, lu sur l'original
La veuve Anne Gontier ne « disparaît » pas des registres : le 13 août 1885, âgée de cinquante-quatre ans, née et domiciliée à Berthier, elle s'y remarie avec Jean Lagrange, soixante-treize ans, veuf, du chef-lieu de La Force. Un contrat a été reçu la veille par Me Labattut, notaire à Sainte-Alvère, et la célébration a lieu publiquement dans la demeure de l'épouse, portes ouvertes, parce que les infirmités de sa mère Marguerite Laveyrie l'empêchent de se rendre à la mairie.Acte de mariage lu sur l'original
Ce remariage repousse d'au moins deux ans la présence d'Anne Gontier au hameau, et son contrat de mariage — non retrouvé — reste la meilleure piste pour dater la sortie du bien de la famille : ni le départ d'Anne, ni la cession de ses terres, ni le moment précis où Berthier passe entièrement au métayage ne sont établis par les actes consultés. Le recensement suivant décrit des occupants, pas une mutation de propriété.Départ et transmission non datés
C'est sans doute l'extinction de cette lignée-là que vise le chanoine Brugière quand il range, vers 1885, « Berthier, à Berthier » parmi les familles notables éteintes de la paroisse. Aucune famille de ce patronyme n'est documentée à Saint-Félix ; en revanche une famille y a porté le nom du lieu pendant plus d'un siècle, de 1766 à 1887. L'identification est l'hypothèse la plus économique — elle n'est pas démontrée.Inférence
Dix-sept listes nominatives ont été lues sur les originaux. Quatre manquent pour de bon : le cahier de 1886 n'a jamais été relié dans le registre de la préfecture, celui de 1911 est perdu pour tout le canton, 1896 et 1906 ne sont pas conservés. En 1841, le recenseur qualifie Berthier de « village », quand Garissade, La Tuilière ou Cantegrel ne sont que « maison isolée ».
| Année | Feux · hab. | Qui | Statut |
|---|---|---|---|
| 1836 | 2 ? · 6 ? | Eymeric Gontier, 33 ans, sa femme Marthe Reynier ?, sa tante Marie Gontier, 68 ans, une servante. Probablement Pierre Roussel et Anne Perrot. | Liste sans noms de hameaux : identification par recoupement avec 1841. |
| 1841 | 3 · 11 | Gontier (Eymeric, remarié à Pétronille Malbec, fils Léonard, tante Marie) · Durestal (écrit Jurestal : Pierre, Jeanne Javerzac, Marie, Jacques) · Anne Perrot, veuve, et Jean Meyzie. | Deux propriétaires, un cultivateur. |
| 1846 | 4 · 16 | Les mêmes, plus Pierre Roussely, sa femme et trois enfants, venus de Bélair. Une petite Jeanne Gontier, 2 ans. La tante Marie a disparu. | Maximum de maisons habitées : quatre. |
| 1851 | 3 · 11 | Anne Perrot, « propriétaire cultivatrice », et son petit-fils Jean Meyzie · Durestal · Roussely. | Les Gontier sont partis. Durestal et Roussely sont dits métayers. |
| 1856 | 3 · 13 | Jean Meyzie, 27 ans, Marie Roubène, leur fils, la grand-mère Perrot · Jeanne Gonthier, veuve Garrigue, 59 ans, ses deux fils Étienne, une servante, un domestique · Pierre Delcros et les siens. | Une Gonthier revient, veuve et avec domesticité. |
| 1861 | 3 · 18 | Meyzie (5) · Marsaud Prévot, Marie Chadourne, fils, bru, deux filles · Jean Garrigue, propriétaire, Anne Gontier sa femme, deux fils, la grand-mère, deux domestiques. | Maximum de population : dix-huit. |
| 1866 | 2 · 13 | Meyzie (avec une servante) · Garrigue-Gonthier (trois fils, deux domestiques). | Les Prévot ont quitté la commune. |
| 1872 | 2 · 8 | Étienne Garrigue, né à Sainte-Foy-de-Longas, Anne Gonthier, Élie et Paul, trois domestiques (dont une enfant de l'hospice de Périgueux) · Jeanne Lafon, née à Trémolat, seule. | Les Meyzie sont partis. |
| 1876 | 1 · 7 | Garrigue-Gonthier, « propriétaire cultivateur », et un couple de domestiques de Fouleix avec leur nourrisson. | Un seul feu. |
| 1881 | 2 · 10 | Anne Gonthier, veuve, « propriétaire », et son fils Léonard-Élie · Jean Carsat ?, cultivateur métayer, sa femme, cinq enfants, sa mère Françoise Gontier. | Passage du faire-valoir direct au métayage. |
| 1886 | — | Liste perdue. | |
| 1891 | 1 · 4 | Antoine Lionnet, métayer, sa femme, deux fils. | Plus aucun propriétaire sur place. Les Garrigue ont quitté la commune. |
| 1896 | — | Liste non conservée. | |
| 1901 | 2 · 9 | Pierre Verrouil, 58 ans, « propriétaire exploitant », sa femme Marie, son frère Jean · Jean Marcou, colon (métayer), Françoise Maury, deux filles, un gendre, un petit-fils. | Nouveaux propriétaires, venus de Saint-Marcel. |
| 1906 · 1911 | — | Listes non conservées. | |
| 1921 | 2 · 7 | Jean Verrouil, né en 1849, et sa belle-sœur Marie · Jean Meyzie, né en 1857 à Saint-Félix, Juliette Laporte, André, Louise, Marthe. | Le recenseur écrit « Bertier ». Un Meyzie est revenu, comme métayer. |
| 1926 | 2 · 8 | Jean Verrouil, 77 ans, seul · Meyzie sur trois générations (René, 1923 ; Georges, 1926). | Dernière liste à deux feux. |
| 1931 | 1 · 7 | Stanislas Butkiewicz, né en 1882, Marianne, quatre filles (la dernière née à Metz en 1922), un beau-frère. | Sept Polonais, tous « cultivateurs ». |
| 1936 | 1 · 4 | Yvan Jean Février, né à Limeuil en 1897, Marie, René, Yvette. | Arrivés après 1931, repartis avant 1946. |
| 1946 | 1 · 4 | Hector Bézenac, né en 1895, Marie, sa mère Julie, son neveu Roger Chassaigne. | Venus du hameau voisin de Constant. |
Une propriété bourgeoise qui se transmet par les femmes. Le « Gontier de Bertier » de 1789 a pour successeur Eymeric Gontier, propriétaire, né vers 1802, qui vit avec sa tante Marie, née vers 1768 et elle-même qualifiée de propriétaire. Il disparaît des listes entre 1846 et 1851 et ses maisons passent à des métayers. En 1856 reparaît une Gonthier : Jeanne, veuve Garrigue ; puis son fils, marié à une Anne Gontier « née dans la commune ». Les Garrigue-Gonthier tiennent Berthier en propriétaires résidents, avec deux ou trois domestiques, jusqu'au début des années 1880. La filiation exacte entre ces Gontier reste à confirmer. Filiation à confirmer
Une petite propriété paysanne à côté de la grande. Anne Perrot, veuve, « propriétaire cultivatrice », puis son petit-fils Jean Meyzie : vingt-cinq ans de présence continue (1841-1866). Un Jean Meyzie né à Saint-Félix en 1857 — l'enfant de « onze mois » de 1856, selon toute apparence — revient à Berthier avant 1921, cette fois comme métayer.
Puis le bail remplace la famille. Après 1881, plus personne ne reste : Lionnet — mort au village le 22 décembre 1896 —, Marcou, Meyzie, Butkiewicz, Février, Bézenac : une famille différente à chaque liste. Seuls les Verrouil font exception. Pierre, né à Lapeyrouse en 1843, meurt à Bertier le 20 octobre 1908 ; sa veuve Marie en 1925 ; son frère Jean, resté seul, le 8 janvier 1928, en laissant un testament dont la table des successions enregistre l'envoi en possession — sans nommer le légataire. C'est cette mort qui fait basculer Berthier dans le régime du propriétaire absent, où il restera. Les Polonais de 1931, dont une fille est née à Metz, repartent dès l'automne vers Monbos ; les Meyzie sont alors fermiers à Vicq. Les fermes voisines logent la même main-d'œuvre immigrée : des Italiens à La Cabane en 1931, d'autres Polonais en 1946.
Ce que les listes ne disent pas. Entre 1883 et 1902 — la période où manquent justement deux recensements — plus de trois cents actes de naissance et de décès de la commune ont été lus un par un pour y chercher le mot « Berthier ». Il n'y apparaît que cinq fois, quand les hameaux voisins en fournissent des dizaines. Ce silence est en lui-même un fait : le hameau ne compte plus que deux feux, exactement comme l'écrit Brugière. Mais ces lectures livrent aussi des habitants qu'aucun recensement ne signale — Jean Marchandou, 75 ans, « domicilié au lieu de Berthier », mort le 25 février 1885, et la famille Chaussard, cultivateurs, qui y perd un nourrisson en 1868.Lecture intégrale
Vers 1884, le chanoine Brugière, qui compile une notice sur chaque paroisse du diocèse, compte à « Berthier, 2 km NE » deux maisons, et range parmi les familles notables de Saint-Félix :
La lecture des registres permet d'y voir plus clair : aucune famille du patronyme Berthier n'est documentée dans la paroisse — un seul parrain, en 1674, porte un nom que l'on pourrait lire ainsi, mais l'encre ne permet pas de trancher entre plusieurs lectures, et il habite Les Granges, à l'autre bout de la commune. Ce que le chanoine enregistre est donc, selon toute vraisemblance, le souvenir d'une maison qui portait le nom du lieu : les Gontier, sieurs de Bertier de 1766 à 1887.Identification probable
Vingt-huit missions aériennes de l'IGN couvrent Berthier, du 27 juin 1950 au 2 août 2017. La première montre un paysage que le cadastre de 1824 aurait reconnu : les trois sites bâtis, un enclos bordé de haies épaisses et un bosquet à l'est du groupe central — reste du bois que la carte d'État-major figurait là vers 1845 —, des cultures en lanières sur la croupe, et tout le versant ouest en friche piquetée de buissons. La vigne, que la même carte d'État-major teintait en trois petites parcelles contre le hameau, a disparu.
Entre juillet 1970 et août 1974, tout change d'un coup : l'enclos et le bosquet sont arasés, les haies intérieures disparaissent, une piste en lacet est ouverte jusqu'au fond de la combe ouest et la source y est captée. Un premier hangar apparaît au groupe central entre 1967 et 1979. Une association syndicale d'irrigation, l'ASL de Berthier, est créée en 1990 ; la première retenue collinaire du vallon est en eau avant 2000, la seconde est creusée vers 2021-2023. La grande parcelle du nord-est est plantée en noyers entre 1990 et 1996 ; le hangar de 770 m² date de 1996-2001, celui à toiture photovoltaïque de 2017-2021.
Le lieu-dit cadastral mesure 28,60 ha en aire géométrique (contour numérique Etalab) ; les 46 parcelles dont le centre tombe dans ce contour totalisent, elles, 28,12 ha de contenance cadastrale, soit les « 28,1 ha » du cartouche ancien — deux mesures voisines mais distinctes, ni l'une ni l'autre superficie d'un domaine historique unique. Contrôle des fichiers Etalab, 2026 Dix bâtiments y sont cadastrés pour 1 620 m² au sol, aux trois emplacements de 1824. Une exploitation d'élevage puis céréalière (famille Thulliez, venue de la Somme) y est domiciliée à partir de 1995 et passe en agriculture biologique le 15 mai 2016 ; le hangar à toiture photovoltaïque de 110 kWc, propriété d'une société d'économie mixte départementale, est mis en service le 28 juin 2021. Le cœur du hameau est redécoupé en décembre 2022 ; la maison nord est vendue ce mois-là, et le 30 mai 2023 deux actes jumeaux transfèrent un domaine d'environ 62 hectares d'un seul tenant — Berthier, La Cabane, Garissade, Cavigne, Cantegrel — dont neuf dixièmes du lieu-dit, pour 354 695 €. La suite se lit dans les déclarations de cultures : 2,2 hectares de noyers en 2022, 11 en 2023, 14,7 en 2024, à côté d'une truffière de 1,2 ha déclarée depuis 2015. Le plan local d'urbanisme de 2024 classe Berthier en zone agricole et naturelle, et réserve 2,2 ha entre Berthier et La Cabane à un projet d'accueil touristique adossé à l'exploitation : camping sous les noyers, boutique de vente, guinguette près des étangs, espace aquatique et restauration devant le hangar photovoltaïque, logement des saisonniers à l'entrée de la propriété. L'avis de la commission départementale a été favorable sans réserve et l'enquête publique n'a suscité aucune observation ; à ce jour, aucun établissement de camping ni de restauration n'est immatriculé au lieu-dit. Projet non réalisé à ce jour
Le même document d'urbanisme repère par ailleurs un hangar existant à Berthier, parcelle C0632, sous le code de fiche CDSFV18, avec pour destination projetée « Local activité ». La fiche, dressée par le bureau d'études Citadia Conseil le 6 novembre 2024, est un repérage dans le document d'urbanisme : elle ne prouve ni travaux réalisés, ni ouverture effective d'une activité.Repérage documentaire, pas un état des lieux
Les registres paroissiaux et l'état civil ont été lus jusqu'à leur terme ; ce qui manque encore tient en quelques cartons que personne n'a numérisés. Aux Archives départementales de la Dordogne, une journée suffirait pour les trois premières cotes, qui donneraient la chaîne complète des propriétaires de 1824 à 1955 — et diraient enfin de qui les Gontier tenaient Berthier avant 1766.
État de sections et matrice de 1826 : pour chaque parcelle de Bertier (nos 468-478 et 550-560, section C), le propriétaire, la nature — maison, grange, couderc, vigne — et toutes les mutations jusqu'en 1914. Dira qui, de Gontier ou de Perrot, tenait quoi, et datera les deux démolitions.
Matrices des propriétés bâties (1882, 1910-1955) et non bâties (1914-1955) : la vente des Garrigue, l'arrivée des Verrouil, le propriétaire absent des années 1930.
Gontier, notaire à Saint-Félix (1678-1699), et « Famille Gontier, de Saint-Félix : bail et obligations » (1635-1709). Depuis quand les Gontier sont-ils « de Bertier » ?
Chartrier des Pons de Saint-Maurice : « biens à Cendrieux, Saint-Félix… 1402-1651 ». Reconnaissances féodales où Bertier peut apparaître en tenure ou en confront.
Tables des acquéreurs et vendeurs du bureau de Lalinde (dès 1808) et transcriptions des hypothèques de Bergerac : les actes de vente eux-mêmes, avec description des biens.
Pour l'acte de 1630 : Garrigue à Cendrieux (3 E 10070), Marcou à Vergt (3 E 5724), Fraschier à Lalinde (3 E 27445, en ligne). Pour le XVIIIe s. : Perrot à Saint-Georges-de-Montclard (3 E 8665-8696), François Gontier à Saint-Laurent-des-Bâtons (3 E 9423-9438), Bézenac (3 E 10126-10142).
Aux Archives nationales, la collection du vicomte de Gourgues : c'est là que devrait se trouver le registre de notaire d'où vient « La Ribeyrolle de Bertier, 1630 ».
Le contrat de mariage du 5 novembre 1856, passé devant Me Reynier pour le mariage des cousins Garrigue-Gonthier : c'est la pièce qui décrit et partage la propriété de Berthier au moment décisif. À la même étude, le contrat du 11 août 1885 pour le remariage d'Anne Gontier avec Jean Lagrange (cote de minute non identifiée) : patrimoine de l'épouse, biens propres, dispositions successorales.
La succession de Jean Verrouilh († 8 janvier 1928) : la table de Lalinde enregistre un testament et un envoi en possession par le tribunal de Bergerac le 4 février 1928, mais ne nomme pas le légataire — c'est lui le propriétaire absent des années 1930.
Les listes de recensement perdues à la préfecture (1886, 1896, 1906, 1911) existaient en double : l'exemplaire communal est peut-être encore en mairie, avec le registre d'immatriculation des étrangers de 1931.