Dossier d'archives · Dordogne

La Vernelle
en Villadeix

Un maine (terre qui rapporte des rentes) échangé en 1470, un « repaire noble » tenu par des Rochon dès 1625, transmis par un demi-frère utérin (de même mère) aux Bonfils en 1719 — qui en gardent le nom pendant deux siècles, jusqu'à un botaniste mort noyé en Angleterre et une industrie de pastilles de chlore aujourd'hui. Entre les deux, des métayers (cultivateurs qui partagent les récoltes avec le propriétaire), des précepteurs et des domestiques dont les registres ont gardé le nom, sur un domaine qui n'a jamais cessé de s'appeler comme son château.

44,93773° N — 0,65067° E Commune de Saint-Félix-de-Villadeix (24405) Cadastre « LA VERNELLE », ≈ 37,5 ha, 55 parcelles IGN « la Vernelle »
av. 1470Vernele« celle de Vernele », donation médiévale non datée
1470la Vernele« rentes du maine de la Vernele », copie narrative
1668–1692Lavernille / Lavernelleregistres paroissiaux
v. 1770la VernelleCassini, Belleyme
1824 / 1956Lavernelle / LA VERNELLEplans cadastraux
XIXe s.Lavernelle Ch.aucarte d'état-major
Le siteDeux noyaux, un vallon

Un domaine occidental, deux groupes de bâtiments

La Vernelle se trouve dans la partie occidentale de la commune, sur le versant qui domine un petit vallon où le réseau hydrographique de la BD TOPO nomme la Ruchelle. Le château et les bâtiments ruraux forment deux noyaux voisins, séparés d'une centaine de mètres, permanence que l'on retrouve sur tous les documents examinés, du cadastre de 1824 aux photographies aériennes récentes. Le polygone cadastral de lieu-dit couvre environ 37,5 hectares, avec 55 parcelles et 23 emprises bâties « en dur » : ce sont des objets géographiques du millésime téléchargé, non le compte des biens d'un propriétaire ni le nombre de maisons habitées. Les 150 hectares annoncés par le site commercial du domaine concernent un ensemble d'exploitation et d'accueil plus vaste que le seul lieu-dit. Cadastre et IGN

Le nom désigne, selon les documents, une terre portant des rentes, une maison noble, une résidence familiale, un village et un domaine agricole — des périmètres qu'il ne faut pas confondre. La dépendance envers Montclar n'est pas qu'une généralité paroissiale : le seigneur de Montclar intervient dans l'échange de 1470, et une convention de 1682 situe encore Lavernelle « dans la paroisse de Saint-Félix et la juridiction de Monclard ».

Orthophotographie récente de La Vernelle montrant deux groupes de bâtiments séparés par un chemin, entourés de bois, de plantations et de pièces d'eau.
Orthophotographie (photo aérienne) récente. Les deux noyaux bâtis, séparés par le chemin ; autour, bois, plantations et plusieurs pièces d'eau. Campagne de prise de vue non documentée dans l'extrait consulté.

Un nom végétal, un nom de lieu voisin

L'occitan verna, vern, et les français régionaux verne/vergne désignent l'aulne, avec une origine gauloise généralement retenue. Le rapprochement de Vernelle avec ce vocabulaire végétal est plausible ; il ne suffit pas à prouver ici le sens exact ni la présence effective d'aulnes à une date donnée. Origine du nom plausible, non démontrée ici La Font Peyrine, « fontaine à la Vernelle » chez Gourgues, est un petit nom de lieu distinct, absent du répertoire des lieux-dits établi pour cette étude — un lieu précieux à rechercher, sans preuve permettant de la confondre avec le bassin dessiné près du château en 1824. La Vergne, prieuré de Saint-Martin-des-Combes lié à l'abbaye de La Sauve, est un autre lieu, hors commune.

Avant 1668Un maine, une dîme

Une occupation de l'âge du Fer, sans lien démontré avec le château

Le bilan scientifique régional de 2020 mentionne explicitement La Vernelle : plus d'une centaine de tessons d'amphores Dressel 1A, de nombreuses scories et les restes de deux bas-fourneaux (petits fours servant à produire du fer) y ont été reconnus, à quatre kilomètres à l'ouest du site de La Peyrouse. C'est un site métallurgique distinct de l'agglomération gauloise voisine ; aucun document consulté n'établit de continuité entre ce site antique, le maine médiéval et le château moderne. Publication scientifique

Extrait imprimé du Bilan scientifique régional Nouvelle-Aquitaine 2020 signalant un site métallurgique gaulois au lieu-dit La Vernelle, avec amphores, scories et deux bas-fourneaux.
BSR Nouvelle-Aquitaine 2020, Dordogne, p. 219 (E. Hiriart, C. Chevillot). « En 2020, un nouveau site daté de l'Âge du Fer a été reconnu au lieu-dit La Vernelle […] Plus d'une centaine de tessons d'amphore (Dr1A) […] ainsi que de nombreuses scories et les restes de deux bas-fourneaux. » Un article complet lui est consacré (DAHP 35, 2020, p. 121-130), non obtenu ici.

Une donation médiévale, puis un échange daté

Un manuscrit tardif conservé à la BnF raconte que Garsend(is) de Mauriac donna « celle de Vernele », dans la paroisse de Saint-Félix, à une maison religieuse — un passage d'une histoire de l'abbaye de La Sauve, connu par une copie postérieure, non daté. Deux cartulaires (recueils d'actes) de La Sauve offrent une piste plus ancienne, encore hypothétique : Gersendis de Mauriac y donne un manse (terre exploitée par une famille) dont le nom se lit « lauersela[?] » ou « la Varsla[?] » (le [?] signale une lecture incertaine), sans que Saint-Félix y soit nommé. Rapprochement plausible, non prouvé

La première date utilisable est le 15 mars 1470 : Jean, seigneur d'Estissac et de Montclar, échange avec frère Raymond Linier, prieur de La Vergne et religieux de La Sauve, un huitième de dîme (impôt dû à l'Église) de Saint-Martin-des-Combes contre les rentes du maine de « la Vernele ». Le texte du folio est sans ambiguïté et ne se confond pas avec le nom de lieu voisin « Lavernhe » (le prieuré de La Vergne), visuellement proche sur la même ligne mais bien distinct.

Page manuscrite d'une copie narrative du XVe-XVIe siècle : donation de Garsend de Mauriac et échange du 15 mars 1470 des rentes du maine de la Vernele.
BnF, collection Périgord 35, fol. 157r (Gallica btv1b10035048j, vue 173), copie narrative tardive. « […] il échangea le 15 mars 1470, avec fr. Raymond Linier, religieux de ce monastère et prieur de Lavernhe, pour les rentes du maine de la Vernele […] ». L'original de l'échange n'a pas été retrouvé.

Ce texte documente un ensemble foncier producteur de rentes et le passage de ces revenus au seigneur de Montclar — ni château, ni tour, ni habitants n'y sont décrits. Lu sur la copie

Les premiers Rochon

Saint-Saud appelle le lieu « repaire noble en Saint-Félix » et fait commencer son « rameau de la Vernelle » vers 1600 ; sa première donnée précisément datée est 1625 : François, alias Jean, de Rochon, mari de Louise Dubailh, est lieutenant de la juridiction de Montclar, et meurt en 1626. Son fils François, sieur de la Vernelle (titre donné au maître d'un domaine), épouse Françoise de Chaumont par contrat du 9 avril 1641.

Une date de décès discutée

Saint-Saud dit François Rochon mort en 1645, mais le feuillet manuscrit du chanoine Brugière (p. 6) donne en réalité 1645 1641 pour cette sépulture « dans la chapelle de St Félix » ; le millésime 1645, qui suit, concerne une autre personne : « Melle Louise Dubal, "lieutenante" ». Les deux généalogistes se contredisent donc (1641 selon Brugière, 1645 selon Saint-Saud), sans registre original pour trancher, puisque les registres numérisés commencent en 1668 et que Brugière copie un registre aujourd'hui perdu. Si Brugière a raison, François Rochon serait mort l'année même de son mariage, et « Louise Dubal, lieutenante » pourrait être Louise Dubailh, veuve du premier Rochon, mais ce n'est qu'une hypothèse.

Feuillet manuscrit du chanoine Brugière relevant, pour la paroisse de Saint-Félix, la sépulture de François Rochon sieur de la Vernelle en 1641 puis celle de Louise Dubal, lieutenante, en 1645.
SHAP, notice Brugière de Saint-Félix, p. 6, vers 1884 (copie d'un registre ancien non retrouvé). « + dans la chapelle de St Félix 1641 — François Rochon sieur de la Vernelle » ; ligne suivante : « dans la même chapelle 1645 — Melle Louise Dubal, "lieutenante" ».

La chapelle de sépulture est bien la chapelle Saint-Nicolas : le même feuillet la nomme explicitement pour deux entrées voisines (1626, 1633) avant de l'abréger en « chapelle de St Félix » pour les suivantes. Françoise de Chaumont se remarie ensuite avec Galliot de Bonfils, sieur de Mirabel et de la Moissie — ce second mariage est la charnière qui explique la parenté utérine entre les Rochon de La Vernelle et les Bonfils. Lu sur la copie de Brugière

1668–1719Titre de terre, lieu de vie

Un sieur de Lavernelle qui peut habiter Montclar

Les registres conservés confirment la présence de François de Rouchon/Rochon comme sieur de Lavernelle. Le 15 avril 1685, il assiste à la sépulture de Guillaume Martin, bourgeois d'Issigeac, mort à Lavernelle la veille : il en est le neveu par alliance, et habite alors le bourg de Montclar, paroisse Saint-Georges — même résidence en 1688. Le 23 janvier 1692 en revanche, il habite le village de Lavernelle. Le titre terrien ne donne donc pas automatiquement le domicile.

Ce que dit vraiment l'acte : 64 ans

L'acte du 15 avril 1685 écrit « âgé de soixante -quatorze quatre » : Guillaume Martin avait donc 64 ans, et non 74. Le titre porté par François de Rouchon, sa qualité de neveu par alliance et sa résidence à Montclar sont confirmés.

Acte de sépulture manuscrit du 15 avril 1685 : Guillaume Martin, bourgeois d'Issigeac, mort à Lavernelle, dont le neveu par alliance François de Rouchon, sieur de Lavernelle, habite Montclar.
AD 24, 5 E 409/2, vue 137 droite, 15 avril 1685. « […] a été enterré […] le sieur Guilhaume Martin âgé de soixante quatre […] décédé le jour d'hier au village de Lavernelle […] au convoi duquel ont assisté François de Rouchon sieur de Lavernelle, neveu par alliance dudit défunt, du bourg de Monclar paroisse de St George […] »

Au baptême de 1688, le parrain est François Rouchon, sieur de Lavernelle, et non « François Chauze » comme l'indiquait une lecture plus ancienne : « Chauze » est le nom de la mère de l'enfant dans le même acte. Lu sur l'original

Acte de baptême manuscrit du 19 août 1688 où le parrain, François Rouchon sieur de Lavernelle, avait été lu à tort comme François Chauze.
AD 24, 5 E 409/2, vue 203 droite, 19 août 1688. Le parrain est François Rouchon, sieur de Lavernelle, domicilié à Montclar.

La chapelle funéraire : des droits précisément négociés

Une convention du 8 avril 1682, reçue par le notaire royal Camberon, concerne la chapelle Saint-Nicolas du cimetière paroissial. François de Rouchon, sieur de Lavernelle, y est nommé comme habitant du lieu ; le texte publié lui réserve le tiers nord de la chapelle, contre entretien, un devant d'autel et 22 livres. Il signe « Lavernelle de Rouchon ». Les autres parts concernent les Rochon de Lapeyrouse/Bellegarde et la famille du juge de Clérans. La chapelle a été restaurée en 1973 par la famille Bonfils-Lavernelle, selon la même publication ; sa datation vers 1480 relève d'une note manuscrite citée par l'auteur, non d'une fondation lue directement. Édition consultée

1719 : le passage des Rochon aux Bonfils

Selon Saint-Saud, François Rochon, fils du couple Rochon–Chaumont, teste le 15 janvier 1719. Il laisse 500 livres à Antoine Rochon, sieur de Bellegarde, 1 000 livres à sa nièce Barbe de Bonfils, et institue héritier François de Bonfils de la Moissie, son neveu, fils d'Antoine, son demi-frère utérin. L'existence d'un testament à cette date au nom de « François de Rochon, seigneur de Lavernelle » est confirmée par les Archives nationales ; la minute elle-même n'a pas été lue.

Page imprimée de Saint-Saud, Nouveaux essais généalogiques périgourdins, rubrique Rameau de la Vernelle, relatant le testament de 1719 de François de Rochon.
Saint-Saud, Nouveaux essais généalogiques périgourdins, XVII, 1942, p. 122, « RAMEAU DE LA VERNELLE ». « FRANÇOIS, sieur de la Vernelle. Il testa le 15 janv. 1719, léguant 500 l. à Antoine Rochon, sieur de Bellegarde ; 1.000 à Barbe de Bonfils sa nièce, instituant héritier F. de Bonfils de la Moyssie, son neveu, enfants d'Antoine son demi-frère utérin. » Source secondaire ; testament original (AN 109AP) non consulté.

La séquence est ainsi intelligible : Françoise de Chaumont a un fils Rochon de son premier mariage, puis un fils Bonfils, Antoine, de son second ; le fils de ce dernier reçoit l'héritage de son oncle Rochon. Elle n'établit ni la date de décès effective du testateur, ni la prise de possession, ni les limites précises du domaine transmis. Filiation sûre, transmission foncière non détaillée

XVIIIe siècleLes Bonfils, sieurs de Lavernelle

Une famille qui s'installe au village

François de Bonfils, héritier de 1719, épouse Judith Chicou de Lagrèze et meurt, selon Saint-Saud, le 15 avril 1735. Leur fils Jean Annet épouse Jeanne Grézel le 7 février 1763 selon la même généalogie. Au baptême d'Emeric Jean, le 21 janvier 1765, il est « sieur de Lavernelle » : l'enfant est né le 20, Jeanne Grézel est dite mère, et Judith Chicou apparaît comme marraine, représentée par Marie Lambert.

Acte de baptême manuscrit du 21 janvier 1765 : Emeric Jean Bonfils, fils de Jean Annet Bonfils sieur de Lavernelle et de Jeanne Grezel, habitants au village de Lavernelle.
AD 24, 5 E 409/3, vue 256 droite, 21 janvier 1765. « […] a été baptisé Emeric Jean Bonfils né le jour précédent, fils légitime à Jean Annet Bonfils sr de Lavernelle, et de demoiselle Jeanne Grezel, ses père et mère, habitants au village de Lavernelle […] »

Deux autres enfants suivent dans les registres : Joseph François, né le 18 mars 1767, baptisé le lendemain avec le même titre paternel ; Barthélemy, baptisé le 1er août 1773. Ces actes ancrent la famille dans le registre indépendamment des généalogies imprimées.

Un village de travail, à côté de la maison noble

Dès 1668, les registres nomment des habitants du village et de la maison de La Vernelle qui ne se limitent pas à la famille noble : les Binet/Birie, Costilhes, Roux, Lourjade, Lacombe, Geoffre et Arnouil documentent alliances, mortalité et métiers ; laboureurs et travailleurs de terre y côtoient un tisserand. Au XVIIIe siècle, les familles Ventayre, Carbonnier, Lanssade, Arnouil et Lafon forment d'autres séquences, avec des homonymies à ne pas fusionner : deux couples Étienne Ventayre, des filles répétitivement prénommées Marie ou Jeanne chez les Lafon. Réseaux reconstitués, filiations parfois incertaines

1789–1806Révolution

Un nom de terre gardé, un mariage entre branches voisines

Le 8 mars 1789, « Lavernelle » signe le procès-verbal de l'assemblée de Saint-Félix, parmi les signatures de Lassaigne, Cavaroque, Lambert, Desgranges, Perrot, Lambert et Gontier de Bertier — sans prénom, ce qui ne permet pas de trancher entre les hommes de la famille alors adultes.

Signature manuscrite Lavernelle parmi d'autres signatures notables au procès-verbal de l'assemblée paroissiale de Saint-Félix, 8 mars 1789.
AD 24, 6 C 12, Saint-Félix, procès-verbal, vue 4, 8 mars 1789. La signature « Lavernelle », sans prénom, parmi celles de Lassaigne, Cavaroque, Lambert, Desgranges, Perrot et Gontier de Bertier.

Le 13 janvier 1794, François Joseph Bonfils, propriétaire à La Blénie, épouse Catherine Adélaïde Rochon, fille de Louis Bonaventure et de Françoise Rochon, domiciliée à La Pouleille ; ses parents Jean Annet Bonfils et Jeanne Grézel résident à Lavernelle, et Emeric Jean Baptiste Bonfils, 29 ans, de Lavernelle, figure parmi les témoins. Ce mariage rattache des branches voisines de la famille — la date de 1802 donnée par Saint-Saud pour cette alliance est contredite par l'acte. Lu sur l'original

Acte de mariage manuscrit du 13 janvier 1794, an II, entre François Joseph Bonfils et Catherine Adélaïde Rochon, avec mention des parents domiciliés à Lavernelle.
AD 24, 5 E 409/4, mariages an II, vue 17 droite, 13 janvier 1794. « […] comparus François Joseph Bonfils […] fils naturel et légitime de Jean Annet Bonfils […] & de Jeanne Grézel, conjoints, demeurant à Lavernelle […] et Catherine Adélaïde Rochon […] fille naturelle et légitime de Louis Bonaventure Rochon & de Françoise Rochon, conjoints, demeurant à Lapouleille […] »

Le 11 avril 1795, 22 germinal an III, naît à Lavernelle Jean Annet — dit Hippolyte dans les récits familiaux — fils d'Emeric Jean Baptiste Bonfils et de Marie Favareille. Emeric Jean Baptiste meurt à 35 ans le 8 juillet 1800, toujours à Lavernelle. Le 5 octobre 1806, deux hommes sont expressément dits métayers à Lavernelle : Antoine Boisset, qui déclare la naissance de son fils, et le témoin Jean Gauville ; un second témoin, Jean Lambert, est métayer à Lapeyrouse, non à Lavernelle.

Acte de naissance manuscrit du 5 octobre 1806 déclaré par Antoine Boisset, métayer à Lavernelle, en présence du témoin Jean Gauville, métayer à Lavernelle.
AD 24, 5 E 409/5, 5 octobre 1806. « […] est comparu Antoine Boisset métayer demeurant à Lavernelle […] en présence de Jean Gauville métayer à Lavernelle et de Jean Lambert métayer à Lapeyrouse […] »
1824–1956Le bâti, en deux groupes

Sept emprises, deux noyaux, une cour

Sur la feuille cadastrale A1 de 1824, « Lavernelle. » est écrit à l'est d'un chemin nord-sud. Le groupe principal, à l'ouest du chemin, réunit trois corps de bâtiment autour d'une cour ouverte vers le chemin ; un petit bâtiment isolé se tient plus à l'ouest. Le groupe méridional réunit trois emprises de part et d'autre de la voie. Le total de la feuille est sept masses colorées, non sept habitations : sans l'état de section, il est impossible d'attribuer sûrement chaque numéro à une maison, une grange ou une cour.

Extrait du plan cadastral de 1824, section A1 dite de Lavernelle, montrant deux groupes de bâtiments séparés par un chemin nord-sud, avec une cour et deux petites pièces d'eau.
AD 24, 3 P 3 4617, section A1, 1824. Deux ensembles bâtis (teinte carmin) séparés par une centaine de mètres le long du chemin ; le nom « Lavernelle » est inscrit entre les deux. Une marque circulaire notée « O » sur le corps nord appartient au canevas du levé, non à une preuve de tour ronde.

Une petite pièce d'eau teintée est dessinée au nord-ouest de la cour, une autre près du groupe sud, sans fonction écrite. Le tableau d'assemblage, d'échelle moindre, compte huit petites formes bâties : cette divergence de décompte est conservée, sans ajouter une huitième maison au plan parcellaire. Décompte selon le document

La carte d'état-major : « Lavernelle Ch.au »

Cassini et Belleyme portent « la Vernelle » avec un signe ordinaire d'habitat, sans symbole distinct de château — ce qui ne réfute pas le statut de maison noble attesté ailleurs. La carte d'état-major du XIXe siècle porte en revanche clairement « Lavernelle Ch.au », avec le bâti en carmin ; une parcelle teintée comme une vigne se trouve au nord-est, vers La Blénie.

Extrait de la carte d'état-major du XIXe siècle portant la mention Lavernelle Ch.au, avec le bâti figuré en carmin et une vigne au nord-est.
IGN, carte d'état-major au 1:40 000, XIXe siècle (millésime local non établi). « Lavernelle Ch.au », bâti en carmin ; vigne voisine au nord-est.

Un souvenir familial publié en 1893 évoque l'affaissement de la vieille tour de Lavernelle au moment du mariage d'Hippolyte et d'Irma d'Abzac — sans date précise, ni plan, ni cause technique. Une datation autour de 1824-1825 reste une déduction dépendant de celle du mariage ; aucun bâtiment du plan de 1824 n'est identifié comme la tour. Souvenir familial, non procès-verbal

1956 : permanences et recompositions

Le plan mis à jour pour 1956 distingue encore deux groupes, numérotés 153 et 157 : le groupe principal (157) compte plusieurs corps hachurés et une annexe légère à l'ouest ; le groupe 153 compte quatre masses distinctes. Selon que deux corps tangents du groupe principal sont comptés ensemble ou séparément, on obtient neuf ou dix emprises. Une pièce d'eau figure dans une parcelle voisine (159), avec un tracé de courant traversant les terrains proches.

Plan cadastral mis à jour pour 1956, section A1, montrant les groupes bâtis numérotés 153 et 157 à La Vernelle, avec une pièce d'eau voisine.
AD 24, 3 P 3 11287, section A1, 1956. Les deux groupes de bâtiments, « LA VERNELLE », numéros de masse 153 et 157.

Le pigeonnier, à ne pas confondre avec la vieille tour

Une photographie de 2008 montre un pigeonnier à pans de bois et remplissage enduit, porté par des piles de pierre, avec un toit pyramidal de tuiles plates. Un site d'histoire locale indique une restauration sur des piles du XVIIIe siècle : une attribution qui concerne les piles et repose sur une source secondaire, sans dater tout le bois visible. Ce pigeonnier ne peut être assimilé à la tour effondrée évoquée par le souvenir de 1893. Datation des piles, source secondaire

Photographie du pigeonnier de La Vernelle : chambre à pans de bois sur piles de pierre, toit pyramidal en tuiles plates, lucarne et épi, prise le 28 septembre 2008.
Le pigeonnier de Lavernelle, photographié le 28 septembre 2008 par Père Igor (Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0).
1826–1901Oscar, Albéric et les métayers

Deux frères, un botaniste, une mort en Angleterre

Jean Annet, dit Hippolyte, est donné par Saint-Saud comme marié à Irma d'Abzac en mai 1825 — une généalogie en ligne indique 1824, désaccord non tranché faute d'acte de mariage consulté. La naissance du 21 février 1826 nomme le père Jean Annet, 31 ans, ancien lieutenant de cavalerie, et la mère Louise Antoinette d'Abzac : cette date coïncide avec celle que la notice botanique de Christof Nikolaus Schröder attribue à Oscar de Bonfils de Lavernelle, naturaliste actif dans les bois, champs et coteaux de Lavernelle vers 1845-1854. Son frère cadet Albéric, né vers 1828-1829 à Lamonzie-Montastruc, ne doit pas être confondu avec lui, comme le fait pourtant Saint-Saud. Identification par recoupement d'actes

Acte de naissance manuscrit du 21 février 1826 de François Joseph, fils de Jean Annet Bonfils Lavernelle et de Louise Antoinette d'Abzac, identifié par recoupement comme le botaniste Oscar.
AD 24, 5 E 409/7, NMD 1826, vue 8 droite, 21 février 1826. Naissance de François Joseph, fils de Jean Annet (Hippolyte) Bonfils Lavernelle et de Louise Antoinette d'Abzac — le futur Oscar des notices botaniques, par rapprochement de date.

La transcription anglaise du décès d'Oscar est nette : « Francis Joseph de Bonfils Lavernelle », 40 ans, inspecteur des lignes télégraphiques, mort le 26 octobre 1866 à Cheriton, comté de Kent. Le verdict de l'enquête du coroner est « Found Drowned » — « trouvé noyé » — sans mention de meurtre ni d'assassinat dans le document, malgré des rumeurs relayées par la presse de l'époque.

Transcription bilingue anglaise et française, dans l'état civil de Saint-Félix, du décès de Francis Joseph de Bonfils Lavernelle, inspecteur des lignes télégraphiques, trouvé noyé en Angleterre en 1866.
AD 24, 5 E 409/11, décès 1867, vue 3 droite, transcrit le 14 juin 1867. « the twenty sixth day of October 1866, at Cheriton, in the county of Kent […] Francis Joseph de Bonfils Lavernelle — male — 40 years — Inspector of telegraphic lines. Verdict: "Found Drowned". »

Jean Annet meurt dans son lieu de naissance

Jean Annet (Hippolyte) meurt à Lavernelle le 25 janvier 1870, âgé de 75 ans ; l'acte précise qu'il y est né. Il est le fils d'Eymeric Jean Baptiste et de Marie Favareille, et l'époux d'Irma d'Abzac. Le recensement de 1851 montre, autour de la maison Bonfils, deux ménages explicitement dits métayers : Chadourne et Lambert, sur un total de 26 personnes réparties en trois ménages.

Acte de décès manuscrit du 25 janvier 1870 de Jean Annet de Bonfils Lavernelle, 75 ans, mort à Lavernelle, son lieu de naissance.
AD 24, 5 E 409/11, décès 1870, acte 2, vue 4 gauche. « […] Jean Annet de Bonfils Lavernelle, âgé de soixante-quinze ans […] domicilié au lieu de Lavernelle […] décédé hier […] au susdit lieu de Lavernelle, lieu de sa naissance. »
Page du recensement de 1851 pour Lavernelle : ménage Bonfils suivi des ménages Chadourne et Lambert, tous deux qualifiés de métayers.
Recensement de 1851, Lavernelle. Ménage Bonfils, propriétaire, puis « Chadourne Jean — Métayer » et « Lambert Antoine — Métayer ».

Albéric et Henriette Dessalles

Albéric décède à Lavernelle le 2 avril 1901, à 72 ans, propriétaire sans profession, natif de Lamonzie-Montastruc, époux d'Henriette Dessalles de Lagibertie. L'acte ne décrit ni vente ni partage de succession.

Acte de décès manuscrit du 2 avril 1901 d'Albéric de Bonfils, 72 ans, natif de Lamonzie-Montastruc, mort au village de Lavernelle.
AD 24, 5 E 409/14, décès 1901, vue 2 gauche, 2 avril 1901. Bonfils Lavernelle (François Joseph Albéric Annet), 72 ans, natif de Lamonzie-Montastruc, propriétaire sans profession, domicilié au village de Lavernelle.
1915–1946Les deux guerres

La correction d'une généalogie : Henriette morte en 1915

Henriette Dessalles de Lagibertie, veuve d'Albéric, meurt à La Vernelle le 23 décembre 1915 à 23 heures ; son fils Eymeric, 33 ans, ingénieur, figure parmi les déclarants. La généalogie de Saint-Saud qui la dit encore vivante en 1933 est donc erronée — correction fondée sur l'acte, non sur une estimation d'âge.

Une date de naissance

L'acte de décès dit Henriette née à Montpellier « le huit mars mil huit cent soixante cinquante », soit 1850 et non 1860 : elle avait 65 ans à sa mort, ce qui s'accorde avec les registres consultés pour cette étude.

Acte de décès manuscrit du 23 décembre 1915 d'Henriette Dessalles de Lagibertie, née à Montpellier le 8 mars 1850, veuve d'Albéric de Bonfils-Lavernelle, morte à Lavernelle.
AD 24, 5 E 409/16, décès 1915, vue 3 droite–4 gauche, déclaration du 24 décembre. « Marie Henriette Dessalles de Lagibertie, née à Montpellier (Hérault) le huit mars mil huit cent cinquante […] veuve de François Joseph Annet Albéric de Bonfils-Lavernelle, est décédée à son domicile, lieu dit de Lavernelle. »

La Première Guerre mondiale touche aussi les familles agricoles du village. Jean Rambaud naît le 7 juillet 1887 à Lavernelle, de parents cultivateurs domiciliés au village ; la concordance du nom, du jour et de la commune le relie, avec une très forte probabilité, au soldat Jean Benoît Rambaud, du 209e régiment d'infanterie, mort devant Perthes le 14 novembre 1914. Le recensement de 1921 ne compte plus que deux maisons et deux ménages, contre trois en 1901 : une baisse qui porte sur des ménages recensés, sans démontrer la démolition d'une maison.

En 1946, deux ménages totalisent 12 personnes : un couple de cultivateurs avec six fils, et le ménage Bonfils avec quatre adultes. Les noms des enfants, potentiellement encore vivants, ne sont pas publiés dans ce dossier. Recensements

XXe–XXIe s.Carrière, agriculture, industrie

D'une carrière de pierre aux pastilles de chlore

Une fiche pédagogique de l'académie de Bordeaux indique que les Carrières de Thiviers ont exploité La Vernelle pendant huit ans, avant le site de Lamonzie-Montastruc exploité depuis 1988 — soit vers 1980-1988, déduction et non date administrative d'autorisation. Le texte géologique rattache le gisement au Campanien 5.

Photographie d'un ancien front de taille de la carrière de La Vernelle, exploitée pendant huit ans avant 1988 selon une fiche pédagogique de l'académie de Bordeaux.
Ancien front de taille de La Vernelle, fiche pédagogique de l'académie de Bordeaux, « Carrières de Lamonzie-Montastruc et de Saint-Félix-de-Villadeix », p. 1. Crédit photographique non précisé, droits à vérifier pour diffusion.

Une notice d'entretien oral conservée aux Archives décrit une installation sur la propriété familiale en 1959, une activité agricole, une entreprise de travaux agricoles à partir de 1968, et la création, en 1980, d'une fabrication de pastilles de chlore sur la propriété — l'entretien lui-même, enregistré en 2018, n'a pas été écouté ici, seuls le résumé et le découpage thématique l'ont été. Le rapport d'inspection du 16 octobre 2025 atteste au Domaine de la Vernelle l'usine PSTAB PSM, anciennement AQUITAB, qui fabrique des pastilles chlorées pour le traitement des eaux de piscine — une activité industrielle effective en 2025, documentée par un rapport officiel plutôt que par une simple inscription d'entreprise. Rapport DREAL

Au 29 septembre 2026, le site du domaine présente aussi quatre hébergements touristiques et un accueil de mariages et d'événements, sur un ensemble agricole et boisé présenté comme de 150 hectares avec élevage, cultures et deux étangs de pêche — une présentation de l'exploitant, non un relevé cadastral de propriété. Le plan local d'urbanisme approuvé en 2024 répartit le lieu-dit entre espaces agricoles, naturels et une zone d'activité ; aucun classement ou inscription du château comme monument historique n'est établi par les documents examinés. Les noms des particuliers qui y vivent aujourd'hui ne sont pas nécessaires à l'histoire du lieu et ne sont pas repris ici.

Et maintenantOù chercher

Le testament de 1719, les matrices, la convention de 1682

Les registres paroissiaux, l'état civil, dix-sept recensements et le cadastre ont été consultés pour les familles citées. Ce qui manque encore ne se trouve pas dans ces registres, mais dans des cartons non numérisés.

À consulter en salle

  • AN, 109AP
    Testament ROCHON

    Testament du 15 janvier 1719 : lire les dispositions originales, les biens, les charges, les héritiers et les suites de la succession, au-delà du résumé de Saint-Saud.

  • AD 24, 63 P 1716
    63 P 704

    État de sections et matrice de 1826 (registre cadastral) : attribuer les emprises et numéros de 1824 (maison, granges, cours, jardins, bassin) à des propriétaires et des revenus.

  • AD 24, 63 P 2192
    63 P 1547/1-3

    Matrices des propriétés bâties (1882, 1910-1955) et non bâties (1914-1955) : suivre les comptes Bonfils, dates d'entrées/sorties, démolitions et constructions, et les correspondances avec les numéros 153 et 157 de 1956.

  • Archives privées Lavernelle

    Convention Camberon du 8 avril 1682 (BSHAP 1983) : collationner l'original, les signatures, chercher le contrat de mariage 1641, le mariage 1824/1825, les partages et les baux. Accès à solliciter auprès des détenteurs ; aucun contact pris à ce jour.

  • AD Gironde, H29 · H72
    H266 · H267

    Archives de l'abbaye de La Sauve : retrouver les unités anciennement désignées « sac 65 » et « sac 70 », l'échange de 1470 et la donation de Garsendis de Mauriac.

  • AD 24, 3E
    8665-8696 · 6309-6318

    Notaires Perrot (Saint-Georges-de-Montclard, 1748-1792) et Favareilhes (Saint-Michel-de-Villadeix, 1741-1763) : contrats Bonfils/Grézel, baux, obligations, inventaires, partages.

  • SHAP, A10-35

    DAHP 35 (2020), p. 121-130, C. Chevillot et Gh. de Bonfils, « Un site métallurgique gaulois à La Vernelle » : lire l'article complet, localisation, datation, nature des fours et conditions de découverte.

  • Recrutement Bergerac
    classe 1907

    Matricules de Jean Benoît Rambaud et Ambroise Lajarthe : confirmer filiation et domiciles avant mobilisation.

  • AD 24, 23AV14

    Entretien du 15 février 2018, 51 min 48 : écouter l'audio des plages 5, 6 et 13 sur l'installation de 1959, l'exploitation et les créations d'activités de 1968 et 1980.