Dossier d'archives · Dordogne

Rabard
en Villadeix

Rabard désigne deux lieux qu'il faut sans cesse démêler : un village de crête entre Caveroque et le Pigat, et un moulin de la vallée de la Louyre, à moins d'un kilomètre au sud, où l'on tourne meule dès 1669. Au village, le nom sert surtout de titre : les Favareille, avocats et bourgeois installés à Caveroque, en restent « sieurs de Rabard » tout le XVIIIe siècle sans jamais y habiter. Au moulin, les familles se succèdent — Laval, Reymondie, Lapouge, Lacroix, Lamothe — jusqu'à ce que les meules s'arrêtent et que le site devienne, au XXe siècle, une simple maison de cultivateurs.

Village 44°55′28″ N — 0°40′11″ E Moulin 44°54′58″ N — 0°40′12″ E, ≈ 930 m au sud Commune de Saint-Félix-de-Villadeix (24405) Cadastre 1824, feuilles E1 et E2 ; aujourd'hui village dans CAVEROQUE, moulin en polygone propre MOULIN DE RABARD, ≈ 6,24 ha
1669Rabaudvillage et moulin ; premières mentions directement lues
1689Ravardleçon imprimée du testament Favareille (BSHAP, 1911)
1744–1781Rabard · Robardtitre des « sieurs de Rabard », registres paroissiaux
XVIIIe s.Mn de Rabardcarte de Belleyme, planche 22
XVIIIe s.Pobardcarte de Cassini — altération probable
1824Rabard.cadastre, feuilles E1 et E2
1827Rabart« moulin de Rabart », état civil
1966Cluzeau de Rabartcatalogue BRGM, n° 3967
Le siteUn village, un moulin, un seul nom

Deux implantations qu'il ne faut jamais confondre

Rabard n'est pas un lieu mais deux : un village agricole, sur les hauteurs entre Caveroque et le Pigat, et un moulin, dans la vallée de la Louyre, environ 930 mètres plus bas au sud. Le cadastre napoléonien (plan cadastral de 1824) les dessine sur deux feuilles distinctes, E1 pour le village et E2 pour le moulin ; les registres, eux, précisent presque toujours « village de Rabard » ou « moulin de Rabard », et cette distinction se lit jusque dans le cadastre ouvert d'aujourd'hui, où le bâti du village est rangé dans le lieu-dit CAVEROQUE tandis que le moulin garde un polygone à son propre nom. Cadastre de 1824 ; distance recalculée

Habiter Rabard n'a jamais voulu dire posséder Rabard. Une métairie (petite exploitation agricole) de ce nom apparaît dans les papiers fonciers et dans un testament de 1689 connu par publication, mais rien ne permet de l'identifier à l'ensemble des maisons du village, encore moins au moulin. Le meilleur exemple en est Barthélemy Favareille, « sieur de Rabard » tout au long du XVIIIe siècle sans jamais y résider : il habite Caveroque, à quelques centaines de mètres de là.

Extrait du cadastre de 1824 : le village de Rabard, une quinzaine de corps bâtis répartis de part et d'autre d'un chemin nord-sud.
Le village en 1824 (AD24, 3 P 3/4625, feuille E1). Une quinzaine de corps bâtis serrés autour de deux ou trois cours.
Extrait du cadastre de 1824 : le moulin de Rabard, bâtiment allongé colorié en carmin avec un symbole de roue, bief et canaux.
Le moulin en 1824 (AD24, 3 P 3/4626, feuille E2). Bâtiment allongé, symbole de roue, bief venu du nord-est ; parcelle 691 [?].
Le nomRabaud, Ravard, Pobard…

Une forme mouvante, jamais expliquée avec certitude

Les formes Rabaud, Rabar, Rabart, Rabard, occasionnellement Robard, se rencontrent dans les actes rattachables au même lieu par leur seul contexte — jamais deux fois d'affilée sous la même plume. Ravard est la leçon imprimée du testament de 1689. Aucune étymologie fondée n'a pu être établie : ni nom de personne, ni relief, ni activité ne s'impose sans une source lexicographique propre, et aucune n'a été trouvée.

Deux formes écrites (graphies) demandent une prudence particulière. Pobard est la forme gravée sur Cassini, probablement une altération de Rabard : son identification tient à sa position, entre Caveroque, Le Girard et le bourg, pas à une évolution linguistique démontrée. « Grimard ou Rabard » est une équivalence publiée par Gourgues en 1873, à propos d'un acte notarié de 1760 qu'il ne cote pas ; il existe par ailleurs des Grimard dans la paroisse voisine (circonscription de l'Église, ancêtre de la commune) de Saint-Marcel, qui ne doivent pas être versés automatiquement au dossier de Rabard. Équivalences non démontrées

Extrait de la carte de Belleyme, planche 22 : le village de Rabard entre Caveroque, Le Pigat et Le Girard, avec des repères rouges ajoutés.
Belleyme, planche 22. Le village « Rabard », entre Cavaroque, Pigat et Le Girard.
Extrait de la carte de Belleyme : le moulin de Rabard isolé dans la vallée de la Louyre, distinct du village situé au nord.
Belleyme, même planche. « Mn de Rabard », dans la vallée, distinct du village figuré plus au nord.

Gourgues décrit séparément Rabard comme hameau et comme moulin sur la « Louire », dans la commune qu'il appelle « Saint-Félix-de-la-Linde ». À son entrée Grimard, l'abréviation imprimée du rattachement administratif est fautive ou impropre : elle n'établit en rien l'existence d'un canton de Saint-Félix. Les deux orthographes du cours d'eau, Louire et Louyre, sont conservées ici selon leur source. Lu sur le fac-similé de Gourgues

Avant 1668Une rubrique, pas encore un acte

1630 : une borne d'inventaire, un cluzeau sans date

La piste la plus ancienne et la plus prometteuse est AD24, 48 J 63, dans les archives du château de la Gaubertie : un article général sur des métairies entre 1630 et 1880, dont la rubrique Saint-Félix réunit « Rabard et Caqueroussie, 1630-1669 ». Cela établit l'existence d'un dossier ancien à consulter — pas une date pour Rabard seul : la première pièce de 1630 peut concerner l'une des deux métairies seulement, et le classement commun ne suffit pas à démontrer un propriétaire partagé. Rubrique d'inventaire, pièces non lues

Aucune mention médiévale spécifique à Rabard n'a été retrouvée. Le rattachement de la paroisse au cadre seigneurial de Montclar n'autorise ni à dater la fondation du moulin, ni à lui attribuer une banalité, ni à faire du village un repaire noble : l'accensement de Caveroque en 1370 par les seigneurs de Montclar est une mention de Caveroque, pas de Rabard.

Un cluzeau de Rabart (cavité souterraine) est en revanche bien catalogué par le BRGM sous le n° 3967, dans l'inventaire des cavités naturelles arrêté au 31 décembre 1964 et publié en 1966. Le tableau donne un nom et une localisation indicative — pas une datation ni une description archéologique. Un site d'histoire locale, qui cite l'ouvrage de Serge Avrilleau sur les cluzeaux et souterrains du Périgord (2004, non consulté ici), le rattache aux souterrains-refuges médiévaux ; la donnée géographique contemporaine de la cavité la situe dans le secteur cadastral de Roquegude, ce qui interdit de la placer arbitrairement sous le village. Lu dans le catalogue BRGM Datation médiévale non démontrée

Page imprimée du catalogue du BRGM de 1966 : ligne Saint-Félix-de-Villadeix, numéro d'inventaire 3967, dénomination Cluzeau de Rabart, coordonnées.
BRGM, rapport 66-DS-A045, p. 42. Inventaire arrêté fin 1964, publié en 1966 : le « Cluzeau de Rabart », n° 3967.
1668–1792Le village, le moulin, les Favareille

Un tailleur au village, un meunier au moulin : les premières mentions sûres

Le baptême du 12 février 1668 (Judith Malmontaigne), parfois attiré vers Rabard à cause des Malmontaigne, porte un mot de domicile que l'on lit « rabau[d] » (la dernière lettre, d ou t, n'est pas assurée) : c'est donc probablement une mention de Rabaud dès 1668, qui reste toutefois incertaine. Le 3 juin suivant, une marraine (qui accompagne l'enfant au baptême) paraît bien venir du « village du [R]abard [?] », mais le papier pâli interdit d'en faire un premier jalon absolument sûr (le signe [?] marque une lecture incertaine). Celui-ci est le 20 janvier 1669 : Pierre Lafage, tailleur, est dit habitant du village de Rabaud. Deux jours plus tard, le 22 janvier 1669, se marie un meunier, Pierre Aublan [?], environ 25 ans, fils de Thonie Lafage, établi au moulin de Rabaud ; la suite de l'acte nomme son oncle, meunier « aux moulins de Rabaud ». Le pluriel est conservé tel quel : il ne prouve pas, à lui seul, plusieurs usines distinctes. Lu sur l'original

Acte de baptême manuscrit du 20 janvier 1669 mentionnant Pierre Lafage, tailleur, habitant du village de Rabaud.
20 janvier 1669 (AD24, 5 E 409/1, v. 60 D). Pierre Lafage, tailleur, « habitant au village du Rabaud » — la première mention directement lue sans réserve.
Suite du même registre : mariage d'un meunier du 22 janvier 1669, habitants au moulin de Rabaud.
22 janvier 1669 (v. 60 D–62 G). Un meunier de 25 ans, « habitans au moulin de Rabaud en la paroisse » ; son épouse vient de Liorac.

Rabard abrite aussi des charpentiers, des tailleurs et un praticien (homme de loi). Antoine Malmontaigne est charpentier ; Pierre Desplatz est qualifié de praticien en 1675-1676. Les sépultures montrent les enfants aussi bien que les adultes — Jeanne Delcros, huit ans, est enterrée le 28 mai 1669 — et ce peuplement ne se réduit ni aux meuniers ni à une seule famille de métayers (agriculteurs qui partagent la récolte avec le propriétaire).

Les Favareille : un titre, une signature, une résidence ailleurs

Le testament mutuel de Pierre Favareille, sieur de la Coustète, et Anne Rouchon, daté du 26 juin 1689, est connu par une publication d'E. Roux (1911). Il répartit les biens entre quatre fils et six filles : Hélie est institué héritier universel ; Jean reçoit la métairie de Caveroque, celle de Ravard, et le fief de Lamothe-Ferrière, tous situés à Saint-Félix ; Guillaume reçoit le Moulin-Neuf et Cantelauve — des biens bien distincts du moulin de Rabard, à ne jamais confondre. La publication atteste une disposition testamentaire, non son exécution : l'original de la minute n'a pas été retrouvé. Connu par publication seulement

Fac-similé imprimé de 1911 rapportant le testament de 1689 : la métairie de Ravard destinée à Jean Favareille, distincte du Moulin-Neuf et de Cantelauve donnés à Guillaume.
E. Roux, BSHAP, 1911, p. 352, n. 1. Le testament Favareille–Rouchon, connu par cette seule publication.

Une génération plus tard, Barthélemy Favareille, fils de Jean Favareille sieur de Caveroque et époux d'Henriette/Henrie Chevalier, porte constamment le titre de « sieur de Rabard » tout en habitant Caveroque : les actes de ses nombreux enfants, entre 1744 et 1757, le disent chaque fois, et il signe lui-même « rabard » en 1773. Il meurt à Cavaroque en 1781, encore « sieur de Rabard ». Lu sur les registres

DateActe ou personneTitre et domicile5 E 409/3
3 fév. 1744Anne FavareilleBarthélemy, sieur de Rabard ; Henrie Chevalier ; Caveroquev. 16 G
6 déc. 1744Henrie Chevalier, marrainedemoiselle de Rabard, Caveroquev. 24 G
22 mai 1745Henry Favareillepère sieur de Robardv. 30 G
9 mai 1750Pierre Favareillesieur de Rabaud (orthographe de l'acte), avocat en parlementv. 84 D
1er août 1773parrainage Bonfils de LavernelleBarthélemy signe rabardv. 354 G
21 nov. 1781sépulture de Barthélemy, ≈ 70 anssieur de Rabard, décédé à Cavaroquev. 452 D
Acte de baptême du 3 février 1744 : Anne Favareille, fille de Barthélemy Favareille sieur de Rabard et d'Henrie Chevalier, habitants du village de Caveroque.
3 février 1744 (v. 16 G). Barthélemy Favareille, « sr de Rabard », habitant Caveroque — parrain Bernard Prezel, bourgeois à Montclar de Saint-Georges.
Acte du 9 mai 1750 : Pierre Favareille, fils du sieur de Rabaud, avocat en parlement.
9 mai 1750 (v. 84 D). Le sieur de Rabaud qualifié d'avocat en parlement. L'acte écrit « sieur de rabaud » et « demoiselle de rabaud » (et non « Rabard »). Le rattachement à Rabard reste possible, le moulin étant écrit Rabaud ou Rabaut dès 1669 : c'est une identification, non la graphie de l'acte.

Le nom du domaine sert donc de désignation sociale et de signature ; il ne prouve ni une résidence de cette famille dans le village, ni une noblesse juridiquement établie, ni la propriété du moulin à cette époque. Après la mort de Barthélemy, aucun acte de vente ou de partage de Rabard n'a été identifié avec certitude.

Les meuniers : plusieurs lignées, aucune succession exclusive

Arnaud Laval est meunier dès 1669 ; André Chambon et Jeanne Chauvou, puis Léonard Raymondie, se partagent la documentation des années 1670-1680, sans qu'aucune succession exclusive ne se dessine — les mentions se recouvrent. Au XVIIIe siècle, les Reymondie/Raymondie dominent : Léonard, puis Raymond, marié en 1754 à Catherine Chaverou de La Cabane puis, veuf, à Jeanne Dupuy, tiennent le moulin jusqu'au seuil de la Révolution. La continuité biologique entre ces générations n'est pas entièrement prouvée ; elle reste, au mieux, très probable.

1793–1899Meuniers, propriétaires, alliances

De ferme en ferme, puis une propriété enfin nommée

Le 30 avril 1793, Guillaume Veymondie, meunier de 19 ans, épouse Rose Blanchet de Caveroque ; son père Raymond, 60 ans, demeure encore « au moulin de Rabar ». Un acte de 1794 qualifie Marie et sa mère Jeanne Dupuy de « meunières » : les femmes entrent ainsi, en toutes lettres, dans le vocabulaire professionnel du moulin. En 1796, Jean Veyral/Verral, venu de Lalinde, épouse Jeanne Grellety ; un récit de visite du 22 juillet 1796, fondé sur le fonds Pourquery des archives de Bergerac, le dit tenant le moulin à ferme. Un tableau publié de l'enquête de l'an IX attribue à Rabard quatre meules à blé et une à huile, en 1789 comme en l'an IX — sans que la cote de la pièce ni le nombre de bâtiments n'en soient déduits. En 1814, Jean Migne et Marie Chadourne sont dits au « moulin de Labort », identifiable à Rabard par le contexte : le veuf se remarie en 1815. Occupants successifs, aucune vente prouvée

Les Lapouge : une propriété explicitement attestée

Un jalon plus précis apparaît le 9 octobre 1827. Témoin d'une naissance, Jean Lapouge, 38 ans, est qualifié de « meunier propriétaire », domicilié au moulin de Rabart — une mention de 1828 le confirme propriétaire du moulin. C'est la première fois que la documentation donne, non plus un simple domicile, mais une qualité de propriétaire. La date d'achat et l'identité du vendeur restent inconnues. Son fils Pierre, marié à Marguerite Loubiat, lui succède ; les Lapouge sont encore recensés au moulin en 1856. Lu mot pour mot

Acte du 9 octobre 1827 : Jean Lapouge, âgé de trente-huit ans, meunier propriétaire, domicilié au moulin de Rabart, témoin d'une naissance.
9 octobre 1827 (5 E 409/7, acte n° 29). « Jean Lapouge âgé de trente-huit ans ayant la profession de meunier propriétaire et domicilié au moulin de Rabart. »

Lacroix, Maury, Gauville : les alliances entre moulins

En 1861, deux ménages totalisent neuf personnes au moulin, dont Jean Lacroix, meunier, et Jeanne Gauville. Le 11 août 1879, leur fille épouse un meunier du Grand Moulin de Clermont-de-Beauregard, lui-même né d'un premier mariage de sa mère — une autre Jeanne Gauville. Après le décès de sa première épouse en 1880, Jean Lacroix épouse le 10 août 1881 cette seconde Jeanne Gauville, meunière, née au moulin de Lapeyrouse, veuve de Jean Félix Maury : elle est donc la mère de son propre gendre. L'acte la désigne explicitement comme sa belle-sœur ; une dispense du président de la République, datée du 4 juillet 1881, a été nécessaire. Lu sur l'original

Acte de mariage du 10 août 1881 entre Jean Lacroix, meunier, et Jeanne Gauville, meunière, sa belle-sœur, avec mention de la dispense présidentielle du 4 juillet 1881.
10 août 1881 (5 E 409/12, v. 04). Jean Lacroix épouse Jeanne Gauville, « sa belle-sœur » ; dispense du 4 juillet, contrat du 6 mars devant Me Laubie.

Ce que dit vraiment l'acte

Le contrat de mariage, passé le 6 mars 1881 à la résidence de Cause-de-Clérans, nomme le notaire « Me Laubie » et non « Me Gaubie [?] » : l'initiale est une simple boucle montante, incompatible avec un « G ».

Jean Lacroix meurt en 1887, environ 65 ans. En 1891, le meunier est Firmin Dupuy ; à la fin du siècle, Eugène Lamothe est explicitement meunier au moulin de Rabard, comme le dit l'acte de décès de sa mère en 1899. Son fils Élie exerce déjà, en 1901, la profession de boulanger : la meunerie et la boulangerie se côtoient désormais dans la même famille.

1899–1946Des meuniers aux boulangers

Le 2 février 1894 : un mariage dans la maison du malade

Au village, un mariage garde une trace vivante de la vie domestique de Rabard. Le 2 février 1894, Marie Marty épouse Jean Gauthier, domestique à Lapeyrouse ; l'acte précise que la cérémonie a lieu publiquement, dans la maison du sieur Marty Jean, père de la mariée, « récemment et dangereusement malade ». Deux Fileyssant, Jules et Pierre, domiciliés au village, comptent parmi les témoins ; Jean Marty meurt un mois plus tard. Lu sur l'original

Acte de mariage du 2 février 1894 entre Jean Gauthier et Marie Marty, célébré dans la maison de Jean Marty à Rabard, père malade.
2 février 1894 (5 E 409/14, v. 01-02). Mariage Gauthier–Marty « en la maison du sr Marty Jean, père de la future, récemment et dangereusement malade ».

Élisabeth Lambert, veuve de Jules Fileyssant, meurt à Rabard le 19 mars 1922. L'acte de décès ne donne aucun âge en chiffres pour la défunte dans son corps ; une mention marginale porte « cinquante-deux ans », qui ne peut la concerner — née le 25 février 1836, elle a 86 ans en 1922. Ce chiffre correspond de près à l'âge du fils déclarant, Pierre Fileyssant, né le 8 janvier 1869 : une hypothèse plausible, non formellement démontrée par l'acte lui-même. Âge marginal non attribuable avec certitude

Acte de décès du 19 mars 1922 d'Élisabeth Lambert, née le 25 février 1836, décédée à Rabard, avec mention marginale d'un âge de cinquante-deux ans.
19 mars 1922 (5 E 409/16, v. 01). Élisabeth Lambert, née le 25 février 1836 à La Cabane, décédée à Rabard ; le « 52 ans » de la marge concerne vraisemblablement son fils déclarant.

Pierre Lamothe, tué aux tranchées de la Craonelle

Un Pierre Lamothe, lié à cette famille par ses parents Eugène Lamothe et Élisabeth Caillavet, est né le 21 janvier 1882 à Sainte-Alvère. Son matricule militaire (classe 1902, bureau de Bergerac, n° 910) le donne boulanger ; il est tué à l'ennemi entre le 20 et le 25 avril 1916 aux tranchées de la Craonelle. Son lien avec le moulin passe par la filiation, non par une mention du hameau dans le matricule lui-même — une hypothèse très forte, non une certitude documentaire. Un homonyme né à Trémolat, mort en 1915, doit être écarté. Lu sur la fiche matricule

Fiche matricule militaire de Pierre Lamothe, né le 21 janvier 1882 à Sainte-Alvère, boulanger, tué aux tranchées de la Craonelle entre le 20 et le 25 avril 1916.
AD24, recrutement, classe 1902, matricule 910. « Tué à l'ennemi entre le 20 et le 25 avril 1916 aux tranchées de la Craonelle. »

Un nom de hameau corrigé

En 1926, Élie Lamothe, boulanger, quitte le moulin avec son ménage pour « Combe de Lugon », et non « Combe de Lyon » comme on aurait pu lire l'en-tête manuscrite du recensement : c'est un lieu-dit distinct et répertorié de la commune, qui ne connaît aucun lieu « Combe de Lyon ». Ce départ, documenté entre 1921 et 1926, explique une partie du dépeuplement du moulin sans en dater à lui seul l'arrêt des meules.

En 1931, le moulin accueille un ménage de cultivateurs, Joseph et Françoise Aubard, venus de La Parquette — le métier déclaré n'est plus meunier. En 1936, seule Françoise Antoinette Aubard y demeure encore, sans profession déclarée : un changement d'usage résidentiel qui n'établit pas, à lui seul, la date du dernier fonctionnement hydraulique.

1937 : un chemin, pas le moulin

Le 9 juillet 1937, la commune adjuge la construction de 459,36 mètres du chemin vicinal n° 9, entre les travaux déjà faits au moulin de Rabard et le chemin de grande communication n° 32, pour 38 000 francs ; l'adjudicataire est Evan Prévot, entrepreneur à Zaleude, à 2 % de rabais. C'est un marché routier, non des travaux sur le mécanisme du moulin, et l'avis ne prouve pas à lui seul l'achèvement du chantier. Lu sur le fac-similé

Avis d'adjudication du 9 juillet 1937 publié dans Le Moniteur des travaux publics : chemin entre les travaux faits au moulin de Rabard et le chemin de grande communication numéro 32.
Le Moniteur des travaux publics, 18 juillet 1937, p. 22. 459,36 m entre les travaux du moulin de Rabard et le GC 32.

En 1946, le moulin ne compte plus qu'un seul cultivateur. Au village, cinq membres d'un ménage familial sont inscrits, avec un prisonnier de guerre allemand employé dans l'exploitation : le récapitulatif d'origine porte, pour Rabard, six individus, cinq Français et un étranger ; les corrections statistiques excluent ensuite le prisonnier de la population administrative. Lu sur les listes et le récapitulatif

Le bâtiDe 1824 à aujourd'hui

Un village de quinze corps, un moulin isolé dans la vallée

La feuille E1 du cadastre de 1824 représente un groupe d'environ quinze à seize corps bâtis, distribués de part et d'autre d'un chemin nord-sud qui rejoint une voie est-ouest au nord ; ce ne sont pas seize maisons d'habitation, car granges et annexes ne se laissent pas distinguer par leur seule couleur. Le moulin, sur la feuille E2, figure comme un bâtiment allongé, colorié en carmin, avec un symbole de roue au contact du bâti et un bief venu de l'est ; le plan ne permet pas de déterminer le type de roue ni le nombre de paires de meules.

Belleyme distingue sans ambiguïté le village « Rabard » et le « Mn de Rabard » de la vallée ; Cassini montre un moulin sans nom dans ce secteur, avec un léger décalage de position ; l'état-major retrouve les deux groupes, avec des lettres finales difficiles à lire. Ces cartes attestent la dualité du site, sans mesurer exactement le bâti. Cartes anciennes

Carte d'état-major du XIXe siècle montrant le village de Rabard sur le versant et le moulin de Rabard dans la vallée de la Louyre.
Carte d'état-major, XIXe s. « Ra[b]ar[d] » sur le versant, « M.lin Rabar[d] » dans la vallée : les lettres finales restent difficiles.
Photographie aérienne ancienne dite de 1950 montrant le village et le moulin de Rabard comme deux groupes bâtis distincts.
Orthophotographie ancienne (photo aérienne), couche dite 1950. Le moulin isolé au pied du versant, le village groupé plus haut ; date de mission non établie avec précision.

Les photographies aériennes locales, nommées ortho1950 et ortho1965, montrent les cours et les groupes de bâtiments anciens du village : la première conserve de nombreuses petites pièces agricoles autour du bâti, la seconde fait apparaître un grand bâtiment rectangulaire au sud-ouest, absent du cliché précédent — un changement visible, sans qu'une année de construction puisse être donnée.

Photographie aérienne ancienne du village de Rabard, couche dite de 1950, montrant les cours et petites pièces agricoles autour du bâti.
Le village, couche dite 1950. Cours et parcelles agricoles serrées autour du bâti ancien.
Photographie aérienne du village de Rabard, couche dite de 1965, avec un grand bâtiment rectangulaire nouveau au sud-ouest absent du cliché précédent.
Le village, couche dite 1965. Un grand bâtiment rectangulaire, au sud-ouest, absent quinze ans plus tôt.

Sur l'orthophotographie actuelle, plusieurs dispositions de cours restent reconnaissables ; de nouvelles maisons se sont ajoutées au nord de la voie est-ouest, et le chemin intérieur ancien — aujourd'hui Chemin des Chênes — semble avoir cédé la place, comme desserte principale, à une route passée plus à l'est : une lecture comparative, non une opération précisément datée. Au moulin, l'orthophotographie et le plan actuels conservent un grand corps bâti, une annexe et le réseau hydrographique de la Louyre ; aucun relevé intérieur ni inventaire des mécanismes n'a été réalisé, et la conservation d'une roue ou de meules ne peut être affirmée. Le rendu LiDAR (relevé laser du relief) du village révèle relief et talus, sans suffire à reconnaître ni dater un souterrain. Chronologie du bâti récent, hypothétique

Orthophotographie actuelle du village de Rabard : cours anciennes reconnaissables, extensions récentes au nord.
Le village aujourd'hui. Cours anciennes reconnaissables ; extensions au nord de la voie est-ouest.
Orthophotographie actuelle du moulin de Rabard : bâtiment principal et réseau hydrographique de la Louyre.
Le moulin aujourd'hui. Bâtiment principal (E 504 au cadastre ouvert) et réseau hydrographique de la Louyre.
Relief LiDAR du village de Rabard montrant talus et limites linéaires, sans preuve de structure souterraine ancienne.
LiDAR, village de Rabard. Relief et talus ; aucun vestige archéologique inédit ne se dégage de cette seule lecture.
FamillesDu village au moulin

Malmontaigne, Lambert, Jeammet, Valeton — puis Fileyssant, Aubard, Marty

Le village du XVIIe et du XVIIIe siècle voit se superposer plusieurs ensembles familiaux : Malmontaigne (charpentiers), Lambert, Jeammet/Jeammes, Eymat, Valeton, puis Lafaye, Blancher et Fontaine. Des prénoms identiques d'une génération à l'autre, des noms très déformés et des ménages simultanés interdisent une généalogie unique du village.

Au XIXe siècle, la famille la mieux suivie est celle des Fileyssant : Guillaume Fileyssant, taillandier, épouse Jeanne Blancher le 11 mai 1798 — l'acte le donne âgé de 37 ans (et non 27). Son petit-fils Jules, né le 12 octobre 1840 à Lavalette, épouse le 21 octobre 1862 Élisabeth Lambert, née à La Cabane ; l'acte de mariage le dit à tort « né et domicilié au village de Rabard », une déclaration que son acte de naissance contemporain corrige. Lu sur les deux actes

Acte de naissance du 12 octobre 1840 de Jules Fileyssant, né au village de Lavalette, commune de Saint-Félix.
12 octobre 1840 (5 E 409/8, acte n° 14). Jules Fileyssant, né à Lavalette, et non à Rabard comme le dira, par erreur, l'acte de son propre mariage vingt-deux ans plus tard.

Ses descendants restent au village jusqu'au milieu du XXe siècle : son fils Pierre, marié à Anne Boucher, y est recensé de 1921 à 1946. Les Aubard, présents dès le milieu du XIXe siècle, circulent entre le village, La Parquette et le moulin — Joseph Aubard, né en 1877, se retrouve ainsi au moulin en 1931 après un passage par La Parquette. Les Mirabel et les Marty s'allient par le mariage de 1865 puis, à la génération suivante, par celui du 2 février 1894 déjà cité, célébré dans la maison du beau-père malade. D'autres noms, plus modestes, traversent les recensements sans lignée entièrement reconstituée : Large, Teyssier, Besse, Ravel, Genestal, Prévot, Ferrier, Gontier, Chalavignac, Deymier.

Population1836–1946

De trente-neuf habitants à sept, en un siècle

Les effectifs ci-dessous sont ceux des listes nominatives ; « M » compte les maisons, « m » les ménages. Le chiffre de 1836 est une reconstruction ; celui de 1926 ne permet pas de totaliser les deux sites, faute de rubrique identifiée pour le moulin cette année-là. En 1946, personnes inscrites et population retenue administrativement diffèrent, le prisonnier de guerre étant compté à part.

AnnéeVillageMoulinEnsemble
18366 ménages, 34 (attribuées)1 ménage, 539, indicatif
18466 M / 6 m / 281 M / 1 m / 937
18614 M / 4 m / 172 M / 2 m / 926
18814 M / 4 m / 191 M / 1 m / 221
19013 M / 3 m / 161 M / 1 m / 824
19212 M / 2 m / 91 M / 1 m / 615
19361 M / 1 m / 61 M / 1 m / 17
19461 M / 1 m / 5 + 1 P.G.1 M / 1 m / 16 retenus ; 7 inscrits

Sur les points comparables, le peuplement des deux sites passe de 37 personnes en 1846 à 15 en 1921, puis à sept personnes inscrites en 1946. Cette diminution n'est pas régulière — le ménage Lamothe fait remonter l'effectif du moulin en 1901 — et aucune série annuelle ne peut être déduite de ces seules dates ; les années absentes des listes consultées ne sont pas déclarées inexistantes dans les archives. Lu sur les listes nominatives et récapitulatifs

Aujourd'huiUn polygone, un lieu-dit cadastral

Le moulin a son nom, le village est dans Caveroque

Le lieu-dit cadastral MOULIN DE RABARD du cadastre ouvert couvre un polygone d'environ 6,24 hectares, comportant 21 parcelles dans le relevé communal — le moulin et ses abords seulement, pas le village, dont le bâti figure dans le périmètre cadastral dénommé CAVEROQUE. Le relevé BD TOPO du polygone du moulin compte deux bâtiments pour environ 295 m² d'emprise, dont un corps principal d'environ 216 m² ; la date « 1700-01-01 » qui accompagne parfois ce type de donnée n'est pas utilisée ici comme date de construction, son origine et sa précision historique n'étant pas démontrées. Le registre parcellaire graphique 2024 relève environ 3,75 hectares de prairie permanente dans ce même périmètre. Données cadastrales et IGN consultées

Le lieu figure dans une présentation patrimoniale départementale et dans des travaux d'histoire locale consacrés à la Louyre : cela atteste une mémoire du moulin, sans préciser l'état actuel de ses équipements ni les conditions de visite. Aucun propriétaire ni occupant privé actuel n'est nommé dans ce dossier.

Et maintenantOù chercher

Ce que seul Périgueux peut encore dire

Les trois registres paroissiaux et l'état civil ont été consultés jusqu'à 1946 ; ce qui manque tient dans quelques cartons précis, dont la lecture donnerait enfin la chaîne complète des propriétaires du moulin, du village, et l'origine de la métairie des Favareille.

À consulter en salle

  • 48 J 63

    Fonds du château de la Gaubertie, rubrique Saint-Félix, « Rabard et Caqueroussie, 1630-1669 » : trouver la première mention propre à Rabard, identifier maîtres, tenanciers et nature des actes.

  • 2 E 703-1
    2 E 703-2
    2 E 703-5

    Achats et échanges (1631-1690), baux (1658-1694), partages et transactions (1642-1718) : vérifier les acquisitions Favareille et retrouver le testament de 1689 ou ses suites.

  • 63 P 1716
    63 P 704

    État de sections et matrice de 1826 : donner les propriétaires des parcelles 332-341, 483-487 et 691 [?], et relier enfin ménages et bâtiments.

  • 63 P 2192
    63 P 1547

    Matrices bâties (1882, 1910-1955) et non bâties (1914-1955) : suivre achats, divisions et l'éventuelle sortie fiscale du moulin.

  • AM Bergerac
    fonds Pourquery, case 14

    Visite du moulin du 22 juillet 1796 : lire le passage Jean Verral, vérifier fermage, propriétaire et équipements.

  • Me Laubie
    Cause-de-Clérans, 1881

    Retrouver la minute du contrat de mariage Lacroix-Gauville du 6 mars 1881, pour la propriété et l'exploitation du moulin à cette date.

  • Me Larobertie
    Sainte-Alvère, 1862

    Contrat de mariage Fileyssant-Lambert du 24 septembre 1862 : apports, biens, origine des propriétés de Rabard.

  • 7 S 98, 100, 117

    Dossiers de curage de la Louyre : plans, riverains, droits d'eau — la présence de Rabard dans ces articles reste à vérifier.

  • S. Avrilleau, 2004
    BRGM AQIAA0006767

    Cluzeaux et souterrains du Périgord et dossier de la cavité 3967 : plan, localisation exacte, arguments de datation.