Dossier d'archives · Dordogne

Cantegrel
en Villadeix

Une « borie » puis une « métérie », toujours un seul ménage à la fois : de Jean dit Mouquet, laboureur (paysan qui cultive la terre) inconstant sous la plume du curé de Baget dans les années 1670, aux deux frères Monteil partis à la guerre depuis Le Fleix en passant par eux, dix recensements du XIXe siècle ne comptent jamais plus de six habitants pour cet écart au bout d'un chemin sans autre issue. Une tuilerie sur la carte de Cassini, trois grottes dans un inventaire géologique de 1964, et deux sœurs Prévot mariées à une heure d'intervalle en 1878 : le fil d'un lieu qui n'a jamais eu de maître connu.

44°56′20″ N — 0°41′44″ E Commune de Saint-Félix-de-Villadeix (24405) Cadastre CANTEGREL, section C, 28 parcelles, ≈ 55,8 ha Habitants recensés de 3 à 6, un seul ménage à la fois, 1841-1891
1660Cantagreilhcité en 1873 par Gourgues ; acte notarié non retrouvé
1671Cantegreilspremier acte original retrouvé
1730Chante-Grelseconde citation de Gourgues, acte non retrouvé
1775la borie de Cantegrelbaptême Lambert, 5 E 409/3
1792la métérie de cantegrelbaptême Chambon, 5 E 409/3
1824Cantegrelplan cadastral, section C2
1841 →Cantegreil / Cantegrelrecensements et état civil, les deux orthographes alternent
Le siteUn chemin sans autre issue

Un écart au bout de son propre chemin

Cantegrel est un petit écart agricole du sud-ouest de la commune, desservi par un chemin qui ne va nulle part au-delà : il descend depuis la route septentrionale et s'arrête aux bâtiments. Le point de repère du lieu-dit le place à 44,93901° N, 0,69570° E. La Cabane est proche à l'est ; les cartes anciennes situent aussi Berthier et Cavigne dans son voisinage immédiat.Point de repère · cartes

Le relevé LiDAR (relevé laser du relief) de l'IGN montre un éperon ou un replat entre des versants plus encaissés, avec l'accès, quelques ruptures de pente et des aménagements superficiels — rien qui permette d'y lire un vestige archéologique daté ou un souterrain : les facettes d'un modèle numérique de relief ne sont pas des structures reconnues sur le terrain.Lecture du relief seulement

Ombrage LiDAR du relief autour de Cantegrel : un replat entre deux versants encaissés, l'accès et quelques ruptures de pente visibles.
LiDAR HD, IGN, extrait communal 2026. Le relief du site et ses ruptures de pente ; aucun vestige archéologique daté n'en est déduit.

Le plan cadastral de 1824 montre deux bâtiments côte à côte ; les dix recensements nominatifs conservés pour le XIXe siècle ne donnent, chaque fois, qu'une seule maison et un seul ménage. Un bâtiment n'est pas un logement : les deux séries de sources comptent des choses différentes, et il ne faut pas les confondre.Cadastre 1824 · recensements 1841-1891

Le nomDeux citations sans acte

« Cantagreilh, 1660 » — une citation, pas un acte consulté

La mention la plus ancienne actuellement retrouvée est « Cantagreilh, 1660 », citée par Alexis de Gourgues à l'entrée Cante-Greil de son Dictionnaire topographique du département de la Dordogne (1873), p. 53. L'auteur renvoie seulement à un « Acte not. » : ni le notaire, ni la nature de l'acte, ni les parties, ni la cote ne sont donnés. C'est une attestation secondaire — lire l'imprimé de Gourgues ne transforme pas sa citation d'un acte perdu de vue en lecture de cet acte. La même compilation comporte, p. 66, une seconde entrée, Chante-Grel, datée de 1730, également d'après un acte non identifié.Citations de seconde main

Extrait imprimé du dictionnaire de Gourgues, 1873 : entrée Cante-Greil, hameau de Saint-Félix-de-Villadeix, Cantagreilh 1660, acte notarié.
Gourgues, 1873, p. 53 (Gallica bpt6k39292s, vue 146), entrée « Cante-Greil ».

Le premier original paroissial retrouvé et lu est le baptême de Marguerite, le 5 juillet, née le 29 juin, fille de Jean Dazem…[?] (lecture incertaine), laboureur, et Jeanne Lacour…[?], « habitans de Cantegreils présente paroisse ». L'acte est du 5 juillet 1671 : le mot « vn » (un) est écrit en tête de la deuxième ligne (« septante / vn »), comme dans trois actes de juin de la même page qui coupent la date au même endroit.

Une date confirmée

Une lecture ancienne hésitait entre 1670 et 1671 ; l'acte porte bien 1671, comme le montre le mot « vn » (un) de la deuxième ligne.

Acte de baptême manuscrit du 5 juillet, millésime « mil six cens septante / vn » (1671), de Marguerite fille de Jean Dazem[ier] et Jeanne Lacour[e], habitants de Cantegreils.
AD24, 5 E 409/1, vue 178 D. « …habitans de Cantegreils pñ paroisse… » — le premier original retrouvé pour le lieu.

Les formes sûres ou rapportées par des relevés antérieurs comprennent ensuite Cantegreils (1671-1674), Cantegreilz (1676), Cantigreilh (1678), Cantegreilh (1680-1681, 1692), Cantegrailh (1683), Cantegreil (1684 et très fréquemment ensuite), Chantagreil (1686), Cantagril (1748), Cantagreil (1752-1755), Cantegrel (1773, 1780, 1792, cadastre de 1824), Chantegreil (1825) et Cantegret (1806, lecture de seconde main). Quatre actes de 1688, très difficiles, portent Chaurignoul[?] et Chautraguoll[?] : leur rattachement à Cantegrel reste une hypothèse, non un fait établi.Rattachement de 1688 non assuré

Étymologie, par comparaison seulement. Frank R. Hamlin, dans Toponymie de l'Hérault (2000), p. 79, entrée CANTAUSSEL, rapproche les Cantegril/Cantagrils de formes occitanes relatives au grillon, mais relève aussi un sens de terrain aride et pierreux pour certains lieux. « L'endroit où chantent les grillons » est donc une interprétation linguistique plausible, non démontrée spécifiquement pour ce lieu de Dordogne : aucune forme médiévale locale ne tranche.Comparaison linguistique, non locale

1671–1692Jean dit Mouquet

Un laboureur dont le patronyme change sous chaque plume

La première série familiale documentée est celle d'un Jean laboureur dont le patronyme varie considérablement selon les actes et selon les lectures : Dazem[ier][?], Dazenier[?], Daremie[?], Dagenier[?], voire « de Ramier ». Son épouse apparaît sous les formes Jeanne Lacoure[?], Lacoste, Lacour, Lacoust. La récurrence du couple, du lieu, et plus tard du surnom Moquet/Mouquet permet un rapprochement très probable entre ces mentions — sans autoriser une forme patronymique unique donnée comme une lecture certaine de tous les actes.Même famille probable, non certaine

Marguerite, née le 29 juin 1671, meurt à dix jours le 8 juillet suivant. Magdeleine naît le 17 novembre 1672. Deux baptêmes de Jean se suivent en 1674 et 1676 ; celui de 1676 meurt à dix-sept jours. Arnaud est baptisé le 14 août 1678, né le 7 ; un nouveau Jean le 3 janvier 1681, né le 12 décembre précédent, dit fils de Jean Dagenier dit Moquet — la première apparition explicite du surnom.

Acte de baptême du 3 janvier 1681 : Jean, fils de Jean Dagenier dit Moquet, laboureur, et de Jeane Lacoust, habitants de Cantegreilh.
AD24, 5 E 409/2, vue 010 G. « …fils de Jean Dagenier dit Moquet laboureur… habitans de Cantegreilh presente parroisse. »

Le 19 décembre 1678, l'inhumation de Pierre Dage[m/n]ies[?], environ soixante ans, nomme deux fils : Jean, laboureur de Cantegreilh, et Pierre, tisserand au Clauzel, paroisse Saint-Michel. C'est une piste de génération antérieure — pas une preuve que ce père possédait Cantegrel.Parenté et métiers lus sur l'original

Acte de sépulture du 19 décembre 1678 de Pierre Dage[m/n]ies, avec ses deux fils Jean laboureur de Cantegreilh et Pierre tisserand au Clauzel.
AD24, 5 E 409/1, vue 460 D. Sépulture de Pierre Dage[m/n]ies[?], environ soixante ans ; ses fils Jean, de Cantegreilh, et Pierre, tisserand au Clauzel.

Le 13 octobre 1686, lors d'un baptême de la famille Chort à La Cabane, la marraine (qui présente l'enfant au baptême) est fille de Jean dit Mouquet, alors qualifié d'habitant de Bertier. Le passage du groupe familial de Cantegrel vers Berthier entre 1684 et 1686 est très probable ; aucune vente ni aucun bail ne l'explique encore.Déplacement Cantegrel → Berthier, hypothèse

Acte de baptême du 13 octobre 1686 à La Cabane, où la marraine est dite fille de Jean dit Mouquet, alors habitant de Bertier.
AD24, 5 E 409/2, vue 164. La marraine, fille de Jean dit Mouquet, « habitant de Bertier » — le groupe a quitté Cantegrel.

D'autres habitants ne se laissent pas fondre dans cette lignée : les Chort/Chor et le surnom La Violette occupent une place importante entre 1685 et 1692, au contact de La Cabane, sans qu'aucun lien de parenté avec les Mouquet ne soit établi. Le 16 juin 1692 est baptisée Jeanne Faulcon, née la veille, fille d'Élie, « absent à l'armée », et de Marie Chort, à Cantegreilh. L'acte établit l'absence militaire du père ; il ne donne ni régiment, ni campagne, ni son sort.Lu sur l'original

Acte de baptême du 16 juin 1692 de Jeanne Faulcon, fille d'Élie Faulcon absent à l'armée et de Marie Chort, à Cantegreilh.
AD24, 5 E 409/2, vue 263 G. « …fille d'Elie Faulcon absent à l'armée, et de Marie Chort, habitans du lieu de Cantegreilh. »

Le parrain de ce baptême est Jean Lachieze, sieur (titre porté par un notable) de Font[o]ine[?] ; en mars 1688, un autre parrain avait été Estienne Gontier, sieur de Lavalette et notaire royal. Ces relations de parrainage inscrivent les habitants dans un réseau de voisinage et de notables ; elles ne prouvent aucun droit de propriété de ces parrains sur Cantegrel.

1743–1792Une exploitation, plusieurs couples

De la « borie » de 1775 à la « métérie » de 1792

Après 1692, les documents consultés n'offrent pas de série résidentielle suivie avant 1743 : la citation de 1730 par Gourgues reste un jalon sans habitant nommé. Puis se succèdent, souvent sur deux ou trois ans seulement, plusieurs couples de laboureurs : Pierre Couland et Marie Coste en 1748-1749 ; Jean Delcros et Françoise Besse, dont des enfants naissent à Cantegrel en 1752 et 1755 avant que le couple ne se déplace vers Langlade puis Berthier ; Jean Besse et Marie Eymat, dont la fille Isabeau épouse en 1762 un Bernardie de Leymarie ; puis Jean Tridat et Jeanne Lugis[?]/Longis dans les années 1770.Actes lus sur l'original ou d'après un relevé des registres (détail dans le tableau des mentions)

Le 17 avril 1775, Jean Lambert et Marie Barrier/Barjou[?] font baptiser Marguerite « à la borie de Cantegrel » (l'acte écrit « cantegvel ») ; une seconde fille, Marie, naît le 29 décembre 1776, (un seul baptême, et non deux). Jean Lambert, environ quarante ans, meurt en octobre 1778.

Acte de baptême du 17 avril 1775 de Marguerite Lambert, fille de Jean Lambert et Marie Barrier, de la borie de Cantegrel.
AD24, 5 E 409/3, vue 370 G. « …de la borie de Cantegrel (écrit « cantegvel ») » — premier emploi retrouvé du mot borie pour le lieu.

Pierre Peytrau et Marie Conte sont ensuite parents de Catherine en 1780 puis Pierre en 1782 ; un Pierre Peytrau adulte meurt « à la borie de Cantegreil » en juillet 1782. Arnaud Lavergne et Marie Barjin[?]/Barzau[?] font baptiser deux fils en 1784 et 1786. Aucun de ces couples n'est qualifié de propriétaire : les actes donnent des laboureurs, jamais un « sieur de Cantegrel ».Aucun titre de seigneurie retrouvé

Enfin, Antoine Chambon naît le 1er août 1792 et est baptisé le lendemain. Ses parents, Jean Chambon et Marie Tamarelle, demeurent « à la métérie de cantegrel ». L'acte constitue une preuve directe du caractère agricole du lieu à la veille du passage à l'état civil laïque ; aucun élément ne rattache ce couple à une famille noble du Chambon.Lu sur l'original

Acte de baptême du 2 août 1792 d'Antoine Chambon, fils de Jean Chambon et Marie Tamarelle, demeurant à la métérie de cantegrel.
AD24, 5 E 409/3, vue 589 G. « …demeurants à la métérie de cantegrel » — dernier acte paroissial du lieu avant la Révolution.

Sur les cartes du même siècle, Cassini figure une « Tuilerie de Cartegrel », avec un symbole près de la route et un autre plus au sud, sans que la carte ne montre si le four se trouvait dans la cour même de la ferme ni s'il appartenait au même propriétaire. Belleyme, feuille 22, donne Cantegrel comme maison isolée au sud de la grande route, avec La Cabane et Berthier nettement lisibles à proximité.Date de Cassini (1762-1766) donnée par un relevé, pas par la feuille elle-même

Extrait de la carte de Cassini montrant la Tuilerie de Cartegrel, avec deux symboles près de la route.
Cassini, feuille 71. « Tuilerie de Cartegrel » — implantation précise du four et relation foncière avec la ferme non établies.
Extrait de la carte de Belleyme, feuille 22, montrant Cantegrel, La Cabane, Berthier et Cavigne.
Belleyme, feuille 22. Cantegrel, La Cabane, Berthier et Cavigne ; seconde moitié du XVIIIe siècle, levé local non précisément daté.
1795–1872Bonpontet, Libersac, Jurestal

Un ménage à la fois, sur un demi-siècle de recensements

Le décès du petit Jean Lassère, trois ans, est déclaré le 21 novembre 1795 (30 brumaire an IV) ; un Jérôme Merigie, laboureur d'environ quarante-cinq ans, meurt à Cantegret en 1806. En 1824, Jean Montel et Marie Malaure font enregistrer la naissance de Pétronille. Le 28 novembre 1825, le décès de Catherine Tribon[?], trois ans et sept mois, révèle un accueil d'enfant de l'hospice : trouvée à la boîte de l'hospice de Périgueux le 14 mai 1823, elle était confiée depuis le 1er octobre à Marie Malaure, femme de Jean Montet, à Chantegreil.Lu sur l'original

Acte de décès du 28 novembre 1825 de Catherine Tribon, enfant trouvée à l'hospice de Périgueux, confiée à Marie Malaure femme Montet à Chantegreil.
AD24, 5 E 409/7, NMD1825, vue 30 G, acte 42. L'enfant de l'hospice confiée à Marie Malaure, « à chantegreil ».

Le 17 novembre 1840 naît Pierre Bonpontet, fils de Jean, quarante ans, et Marie Jurestal, trente-sept ans. Le recensement de 1841 qualifie le lieu de « maison isolée » et donne quatre habitants : le couple, une fille Marie et un garçon prénommé Jean — prénom qui devient Pierre dans la liste de 1846, une discordance laissée telle quelle.Discordance de prénom entre 1841 et 1846

Page du recensement de 1841 : Cantegreil, maison isolée, ménage Bonpontet-Jurestal, quatre personnes.
AD24, 6 MI 22, recensement 1841, vue p03 D. « Cantegreil » qualifié de maison isolée : les quatre personnes du ménage Bonpontet-Jurestal.

En 1851, un autre ménage occupe le lieu : François Libersac, expressément métayer (qui exploite la terre d'un propriétaire), Marie Malaure — une autre que celle de 1824-1825, la filiation de son mariage de 1841 l'établit sans ambiguïté —, leurs deux enfants et Marie Chevalier, bergère : cinq habitants, le maximum de la première moitié du siècle.Lu sur l'original

Page du recensement de 1851 : Cantegrel, François Libersac métayer, Marie Malaure, deux enfants et Marie Chevalier bergère.
AD24, 6 MI 56, recensement 1851, vue p20. François Libersac, métayer, Marie Malaure, deux enfants et une bergère : cinq habitants.

En 1856 reparaissent les Bonpontet, puis en 1861 et 1866, Jacques Jurestal et Anne Libersac — sans qu'un lien de parenté avec les ménages précédents soit démontré par le seul nom. Marie Javerzac, quatre-vingt-trois ans en 1861 puis donnée comme mère du chef de ménage, meurt à Cantegrel le 7 novembre 1864, à quatre-vingt-sept ans, veuve de Pierre Jurestal, née aux Granges, fille d'Antoine Javerzac et Jeanne Charbonnier — une véritable liaison entre générations, non une simple ressemblance de noms.Parenté écrite dans l'acte

Acte de décès du 8 novembre 1864 de Marie Javerzac, 87 ans, veuve de Pierre Jurestal, morte à Cantegrel le 7 novembre.
AD24, 5 E 409/11, décès 1864, vue 03 G-D, acte 8. Marie Javerzac, 87 ans, « domiciliée au lieu de Cantegrel » ; acte sur deux pages, montage des deux moitiés.

En 1872, le ménage Meyzie-Roubine — Jean, quarante-quatre ans, Marie Roubine, trente-neuf ans, et quatre enfants — atteint six habitants, le maximum documenté pour le lieu sur l'ensemble des dix listes de recensement.Lu sur l'original

Page du recensement de 1872 : Cantegrel, Jean Meyzie, Marie Roubine et quatre enfants, six personnes.
AD24, 6 MI 106, recensement 1872, vue p10 G. Jean Meyzie, Marie Roubine et quatre enfants : six habitants, maximum des dix recensements attribuables au lieu.
1876–1895Deux sœurs, une heure d'intervalle

Prévot-Chantegreil : deux mariages le même matin

En 1876, Pierre Cyprien et Jeanne Bonnet vivent à Cantegrel avec un fils ; leur fille Anne y naît en janvier 1877. L'année 1878 éclaire ensuite le réseau Prévot-Chantegreil : le 8 juin meurt sur place Anne Chantegreil, soixante-quatre ans, née à Saint-Georges-de-Monclard, veuve de Jacques Prévot — appelée Élisabeth dans les actes de mariage de ses filles, une discordance de prénom non résolue.Anne/Élisabeth, même personne, prénom discordant

Le 22 octobre 1878, ses deux filles, nées à La Brugère et domiciliées à Cantegreil, se marient à une heure d'intervalle : Anne Prévot, vingt-deux ans, épouse Jean Carbonnel, de Lapalue, né à La Blénie ; Jeanne Prévot, dix-huit ans, épouse Antoine Loste, de Lapeyrouse, né à Sainte-Foy-de-Longas — assistée d'un tuteur, son père étant mort en 1875. Les deux contrats ont été passés la veille devant Me Larobertie, notaire à Sainte-Alvère : ils restent une priorité de recherche pour comprendre les biens apportés par les deux sœurs.Lu sur l'original

Acte de mariage du 22 octobre 1878 d'Anne Prévot et Jean Carbonnel, avec mention du contrat du 21 octobre chez Larobertie ; début du second mariage à droite.
AD24, 5 E 409/12, mariages 1878, vue 19, actes 8 et 9. Suite du mariage Prévot-Carbonnel, contrat du 21 octobre chez Me Larobertie ; début du mariage Prévot-Loste à droite.

En 1881, la liste donne Henri Carbonnel, métayer, Anne Prévot, une nièce Anne Teillet et une domestique. Le rapprochement avec le mariage de 1878 est très probable, mais Henri/Jean et Anne/Adrienne restent deux discordances non résolues.Identité très probable, prénoms discordants

Page du recensement de 1881 : Cantegrel, Henri Carbonnel métayer, Anne Prévot, Anne Teillet nièce, Céline Foncegrive domestique.
AD24, 6 MI 131, recensement 1881, vue p10 G. Henri Carbonnel, Anne Prévot, leur nièce et une domestique agricole.

En juin 1889 naît Jean Monteil, fils de Jean Monteil et Louise Besse, cultivateurs. Les fils Louis (1892) et Georges (1895) suivent ; les actes qualifient alors le couple de cultivateurs métayers. Le recensement de 1891 donne toutefois une épouse « Fontille[?] Besse » et un fils « Albin » : les prénoms diffèrent légèrement de l'état civil, une réserve à garder.Lu sur l'original

Acte de naissance du 17 juin 1889 de Jean Monteil, à Cantegreil, fils de Jean Monteil et Louise Besse, cultivateurs.
AD24, 5 E 409/13, naissances 1889, vue 03 D, acte 8. Naissance de Jean Monteil, « au lieu de Cantegreil », de Jean Monteil et Louise Besse.
1914–1964Deux frères, une guerre, trois grottes

Les frères Monteil, nés à Cantegrel, partis du Fleix

Jean Monteil (1889-1914), né à Cantegreil le 17 juin 1889, est identifié sans se limiter à une homonymie : sa fiche matricule (registre militaire) donne la même date, la même commune, les mêmes parents. Au recrutement, la famille réside au Fleix ; Jean est cultivateur, incorporé au 9e régiment d'infanterie le 5 octobre 1910, rappelé le 3 août 1914. Son décès est fixé au 27 août 1914 par un jugement d'avril 1921, transcrit au Fleix le 30 avril 1921. Son lien avec Cantegrel est donc une naissance et un séjour d'enfance, non un domicile attesté lors de la mobilisation.Fiche matricule, naissance et filiation concordantes

Fiche matricule militaire de Jean Monteil, classe 1909, matricule 1166, parents Jean Monteil et Louise Besse, mort le 27 août 1914 fixé par jugement de 1921.
AD24, 2 R 1028, Bergerac, classe 1909, matricule 1166. Parents Jean et Louise Besse ; résidence au Fleix ; décès fixé au 27 août 1914 par jugement.

Un mariage encore mal connu

Une lecture ancienne donnait un mariage « à Saint-Félix le 27 septembre 1913 avec Jeanne Béneuf ». La mention marginale de l'acte de naissance de 1889, très cursive, ne porte aucun de ces éléments : elle se lit plutôt comme un acte du 22 octobre 1910, dans une mairie différente (peut-être « Breuil »), avec un nom d'épouse proche de « Gou[s]bonneau », transcrit à Bergerac. La fiche matricule laisse la case « Marié le » vide, alors qu'une veuve est mentionnée en 1915 : la date, le lieu et l'identité du conjoint restent à établir sur l'acte de mariage original.

Son frère Louis Monteil (1892-1962), né à Cantegreil le 20 septembre 1892, cultivateur au Fleix, est incorporé au 126e régiment d'infanterie le 10 octobre 1913. Blessé les 10 septembre 1914 et 1er septembre 1916, cité à l'ordre du régiment le 17 mai 1917, il reçoit la croix de guerre avec étoile de bronze. Démobilisé en 1919, rappelé en septembre 1939, il se marie le 16 septembre 1919 avec Marthe Suzanne Marcelin et meurt à La Force le 14 août 1962.Fiche matricule lue

Fiche matricule militaire de Louis Monteil, classe 1912, matricule 601, deux blessures, citation et croix de guerre.
AD24, 2 R 1068, Bergerac, classe 1912, matricule 601. La fiche porte « blessé le 1er septembre 1916 » — non « le 4 ».

Après 1895, les listes de recensement de 1901, 1921, 1926, 1931, 1936 et 1946 ne comportent plus de rubrique autonome Cantegrel. Il serait abusif d'en conclure une population nulle : regroupement sous un lieu voisin, vacance temporaire ou simple omission restent à départager. La chaîne des occupants entre les Monteil et l'époque contemporaine reste donc ouverte.Absence de rubrique, cause indéterminée

En marge de cette histoire humaine, le BRGM répertorie trois grottes de Cantegrel dans son inventaire arrêté au 31 décembre 1964, rapport DS 66 A 45, p. 42 : numéros de fichier central 3964, 3965 et 3966, explicitement attribuées à Saint-Félix-de-Villadeix. Le tableau donne des coordonnées, mais aucune description archéologique — il documente le signalement des cavités, pas leur découverte ni leur fréquentation ancienne.Tableau imprimé lu

Extrait du rapport BRGM DS 66 A 45 de 1964, tableau listant les trois grottes de Cantegrel, numéros 3964 à 3966, Saint-Félix-de-Villadeix.
BRGM, DS 66 A 45, p. 42, PDF vue 49. Trois grottes de Cantegrel dans l'inventaire arrêté au 31 décembre 1964.
1824–2026Deux bâtiments, deux siècles

Le plan de 1824 et ce que le ciel en montre ensuite

Le plan parcellaire de 1824, section C dite du Bourg, deuxième feuille, cote 3 P 3 4622, inscrit « Cantegrel. » et montre deux masses bâties carmin réunies à la parcelle 615 : une petite emprise presque carrée à l'ouest du chemin, une emprise longue orientée nord-sud à l'est. Le plan ne dit pas laquelle est le logis, laquelle une grange, et ne nomme aucun propriétaire.Lu sur le plan

Extrait du plan cadastral de 1824, section C2, montrant Cantegrel : deux masses bâties de part et d'autre d'un chemin, parcelle 615.
AD24, 3 P 3 4622, section C2, 1824. Deux emprises bâties réunies à la parcelle 615, de part et d'autre de l'accès.

La carte d'état-major du XIXe siècle conserve deux petites masses bâties, avec un nom partiellement traversé par le dessin de la voie — l'identification par la position est sûre, la fin de l'étiquette ne l'est pas.

Extrait de la carte d'état-major du XIXe siècle centré sur Cantegrel, deux petites masses bâties près d'un chemin.
IGN, carte d'état-major, série 1820-1866 ; année exacte de cette feuille non établie.

Les photographies aériennes de la seconde moitié du XXe siècle montrent une cour et des masses bâties au bout de l'accès, une clairière étirée nord-sud, une pièce cultivée à l'ouest et du bois sur les flancs. Le changement d'orientation entre 1824 et ces vues rend probables des reconstructions importantes, sans qu'on puisse en donner le chantier, le maître d'ouvrage ou la date.Reconstructions probables, chantier inconnu

Orthophotographie historique de la série 1950-1965 : ferme de Cantegrel et sa clairière, entourée de bois et de parcelles cultivées.
IGN, ORTHOIMAGERY.ORTHOPHOTOS.1950-1965. La ferme et sa clairière ; date exacte du cliché inconnue, la couche regroupe quinze années.

La BD TOPO porte pour son unique objet résidentiel une date d'apparition 1978, mais ce champ, issu de traitements de référentiel, n'est pas à lui seul un permis de construire ; le cadastre actuel compte deux emprises en dur, la BD TOPO n'en agrège qu'une.Donnée de référentiel, pas un acte de construction

Aujourd'huiUn nom, pas un titre

Un polygone de 55,8 hectares, une adresse associative disparue

Le nom Cantegrel subsiste dans la cartographie IGN comme lieu-dit habité et dans le cadastre sous CANTEGREL. Le polygone cadastral (la surface qui porte ce nom) représente environ 55,82 hectares, comprenant 28 parcelles de section C — une aire portant un nom, pas la preuve d'une propriété unique ni de limites identiques à celles de la métairie ancienne. Le zonage du PLUi-H approuvé le 26 novembre 2024 répartit environ 43,9 ha en zone naturelle (N) et 11,93 ha en zone agricole (A) sur ce polygone ; le registre agricole (RPG) de 2024 y relève 7,84 ha de cultures déclarées, dont 7,65 ha de sorgho.Données des référentiels du 23 septembre 2026

Une source secondaire récente signale que l'Association de documentation pour les ingénieurs de recherches et d'études (A.D.I.R.E.) avait Cantegrel comme adresse avant un transfert à Goudelin, déclaré le 10 janvier 2002. Cela établit une ancienne adresse déclarée, pas un laboratoire ni une occupation actuelle du lieu — et le fac-similé de l'annonce originale n'a pas pu être obtenu.Source secondaire, fac-similé non obtenu

Trois homonymes à ne pas déplacer ici. Les fiches Géorisques des trois grottes de Cantegrel portent les mêmes coordonnées : ce ne sont pas trois points géolocalisés indépendamment. Le cluzeau de La Cabane, classé « ouvrage civil », tombe dans le polygone cadastral actuel CANTEGREL, à environ deux cents mètres du repère du hameau — mais son nom documentaire reste La Cabane, et un rattachement spatial moderne ne doit pas le rebaptiser. Enfin, le dolmen de Cantegrel cité dans plusieurs inventaires patrimoniaux appartient à Saint-Chamassy, non à Saint-Félix-de-Villadeix.Identifiants Géorisques

Et maintenantOù chercher

Ce que seul Périgueux peut dire

Cinquante actes paroissiaux distincts et vingt-cinq actes d'état civil, ainsi que les dix recensements qui nomment Cantegrel, ont été lus sur les images. La chaîne des propriétaires, en revanche, n'a jamais été établie : aucune matrice cadastrale (registre des propriétaires), aucun terrier, aucune minute notariale des deux contrats de 1878 n'a encore été consultée.

À consulter en salle

  • 63 P 704
    63 P 1716

    Matrice de 1826 et cadastre sans date : partir des parcelles C615 et C614 pour trouver propriétaires, contenances, folios et mutations.

  • 63 P 2192
    63 P 1547

    Matrices de 1882 et de 1914-1955 : suivre les mêmes folios et les augmentations ou diminutions du bâti jusqu'au XXe siècle.

  • 3 E 21734
    24 U 38

    Minutes de Me Pierre Jules Larobertie, notaire à Sainte-Alvère : les deux contrats du 21 octobre 1878, Anne Prévot-Jean Carbonnel et Jeanne Prévot-Antoine Loste, pour la dot, les apports et l'origine de propriété.

  • AN, 109 AP

    Collection et fonds de travail du vicomte de Gourgues : retrouver les actes portant « Cantagreilh 1660 » et « Chante-Grel 1730 ».

  • J 702
    2 E 703-24

    Titres concernant Gontier de Saint-Félix (1678-1699) : rechercher les familles Mouquet/Dagenier et Chort comme parties, témoins ou confronts.

  • II C 1332-1370

    Bureau de Monclard, 1732-1791 : baux, inventaires après décès, ventes et partages des Couland, Delcros, Besse, Lambert, Peytrau, Lavergne, Chambon.

  • 24 U 34 · 24 U 36

    Répertoires notariaux de Bézenac à Saint-Félix et Saint-Maurice : les ménages Lassère, Merigie, Longis, Ferrier et leurs bailleurs.

  • 179 Q · 180 Q
    183 Q

    Tables des acquéreurs et vendeurs et conservation des hypothèques de Bergerac/Lalinde : partir d'un propriétaire identifié par la matrice.

  • Mairie du Fleix

    Mariage de Jean Monteil, Saint-Félix 27 septembre 1913 (date à vérifier), jugement transcrit au Fleix le 30 avril 1921 : préciser le nom réel de son épouse.