Dossier d'archives · Dordogne
Un village au pluriel étrange — on l'a longtemps écrit « la Quatremaille », au singulier, avant qu'il ne devienne « les Quatre Mailles » — habité sans interruption depuis au moins 1668 : des laboureurs et des charpentiers d'abord, puis un « médecin de bœufs » et ses deux fils, l'un maçon, l'autre vétérinaire, puis des tailleurs, des cantonniers et des cultivateurs. Quarante habitants au plus fort, en 1846 comme en 1876 ; treize à la veille de la dernière guerre ; et depuis 2020, un hameau à moitié vidé que la commune rachète maison par maison pour le repeupler.
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Le trait le plus frappant de ce nom de lieu est sa forme la plus ancienne lue : en 1668 et 1672, le curé écrit un nom soudé, précédé d'un article singulier — « Laquatimailhe », « laquatremaille » — comme s'il s'agissait d'un seul mot féminin, et non d'un pluriel de quatre unités. Ce n'est qu'au XIXe et au XXe siècle que la forme se stabilise en « Quatremailles », puis « Quatre Mailles » aux deux mots. Le pluriel actuel ne suffit donc pas à déduire que le hameau aurait compté quatre maisons à l'origine. Lu sur les originaux
Aucune étymologie locale n'est établie. Le français ancien connaît bien une maille monétaire — une fraction de denier — mais rien ne prouve une redevance de quatre mailles attachée à ce lieu précis ; un rapprochement avec quatre maisons, quatre parcelles ou le tissage (des tisserands et tailleurs y sont bien attestés, mais seulement à partir du XVIIe siècle, bien après la forme la plus ancienne connue) resterait tout aussi conjectural. Étymologie non établie Dictionnaire de l'Académie via le CNRTL.
Le seul texte imprimé antérieur au XIXe siècle est une notice de deux lignes d'Alexis de Gourgues, en 1873 : « QUATRE-MAILHIE, h. cne de Saint-Félix-de-la-Linde. — 1660 (Acte not.). » La notice ne donne ni notaire, ni contenu, ni cote. Il est donc impossible d'en tirer une seigneurie, un propriétaire ou un état du bâti en 1660 : c'est une date de première mention, pas une date de fondation, et l'acte lui-même reste à retrouver.
La documentation paroissiale commence en 1668, et le hameau apparaît dès la deuxième année : Jean Lambert, laboureur (cultivateur), et Jeanne Falgueyret y ont leur fils Pierre baptisé le 16 septembre 1668. Autour d'eux, un réseau de parenté déjà ancien se dessine : Guilhem Lambert, charpentier, mort en 1678 vers 80 ans, a pour gendre Pierre Conte, tailleur, et pour cousins des Lambert établis à Cambrou, paroisse voisine de Sainte-Foy-de-Longas. Un troisième foyer, les Malmontaigne, mêle laboureurs et un maçon ; leurs mariages de 1670 et 1672 sont attestés, sans qu'il faille les confondre avec les Malmontaigne qualifiés de « sieurs » ailleurs dans la paroisse.
Le 9 janvier 1672, Pierre Conte, 22 ans, épouse Gire Lambert, 20 ans, fille de Guilhem — l'acte est l'un des mieux conservés du village pour le XVIIe siècle. Vingt-trois ans plus tard, le 12 décembre 1695, on enterre Gire : l'acte, écrit sur deux vues jumelles du même feuillet, nomme « pierre Conte mari » et « Thoni Conte fils », tous deux qualifiés de charpentiers. Le lien familial est donc écrit noir sur blanc — mais l'âge de Gire à sa mort, « environ 60 ans », ne s'accorde pas avec ses 20 ans de 1672 : une tension que les sources elles-mêmes portent, sans qu'il faille la résoudre en calculant arbitrairement une naissance. Lu sur l'original, deux fois
Le XVIIIe siècle est mal documenté : la période 1696-1736 manque presque entièrement aux documents disponibles. Les registres reprennent avec les Deymier, les Estay, les Chort, puis à la veille de la Révolution un merrandier, Pierre Chevalier, marié en 1794 à Marie Compte. Aucun de ces foyers ne laisse de trace d'une vente globale du village ou du passage d'une famille propriétaire unique à une autre : les Quatre Mailles restent, du XVIIe au XVIIIe siècle, un village à plusieurs ménages distincts.
Le 5 messidor an VII — le 23 juin 1799 — l'officier d'état civil enregistre la naissance d'un fils de Michel Durand, dont la profession est écrite noir sur blanc : « médecin de bœufs ». La formule décrit une activité de soins aux bestiaux ; elle ne prouve ni une formation officielle ni un titre. Dans les actes suivants, Michel devient « artiste vétérinaire ». Né à Campsegret, il meurt au village en 1840 ; sa veuve, Marie Bonnamy, en 1847. Lu sur l'original
Deux de ses fils, tous deux prénommés Jacques, sont à distinguer avec soin : la répétition du prénom a longtemps brouillé les relevés.
| Frère | Alliance | Métier et suite |
|---|---|---|
| Jacques Durand, né 13 avril 1807 | épouse Marie Lajarthe le 6 mai 1829 ; elle était alors femme de chambre chez Mme de La Peyrouse, à La Pouleille | « artiste vétérinaire » au mariage, propriétaire vétérinaire en 1851 ; encore présent avec son épouse en 1872 |
| Jacques Durand, né février 1814 | épouse Marie Fournier le 26 septembre 1836, à 22 ans | maçon en 1836 et 1851 ; garde champêtre en 1866 et 1872 |
Les listes de 1851 juxtaposent les deux ménages sans les confondre. Chez le vétérinaire, deux fils sont eux-mêmes qualifiés de maçons — la famille associe ainsi, sur deux générations, soins aux animaux, construction et travail de la terre. Les deux ménages Durand disparaissent des listes après 1872 : ni vente, ni date de départ, ni transmission aux occupants suivants ne sont démontrées par cette seule absence.
Le recensement de 1851 montre un hameau à dix ménages, plus varié que les seules grandes lignées : des tailleurs d'habits Reversade, avec un apprenti, un tisserand, Baptiste Domenge, des métayers Pauliac, un fermier Chassaigne, des couturières, une journalière (ouvrière agricole payée à la journée) — et, à côté, les deux ménages Durand. Le terme « propriétaire » qu'on lit parfois dans les listes coexiste avec un métier artisanal ; il n'indique ni la valeur du patrimoine ni la possession de la maison occupée.
Henri Béney, charpentier, et Marie Bannes, cardeuse, forment un autre ménage d'artisans propriétaires. Leur fille cadette, née aux Quatre Mailles en 1845, épouse le 18 avril 1872 Pierre Valeton, alors domestique à La Peyrouse. Le couple s'installe au village : en 1876, Valeton y est recensé cantonnier, avec son épouse, leur enfant et sa belle-mère veuve. Le passage d'un domestique de domaine à un ménage d'agent des chemins illustre le renouvellement des habitants sans qu'une succession immobilière Béney-Valeton soit démontrée par une autre pièce que le recensement. Profession lue avec incertitude
En 1876, le ménage de Jacques Jurestal (ou Durestal) et Anne Libersac — venus de Berthier, où ils s'étaient mariés en 1843 — accueille Marie Claveille, femme d'Augier, que le recenseur qualifie de « leur fille adoptive », avec son fils Émile Augier. Cette formule appartient au vocabulaire du recensement : elle décrit une relation déclarée dans le ménage, pas une adoption civile prouvée. Née à Caveroque, Marie avait épousé Pierre Augier en 1868 à Constant ; son fils Émile, né en 1869 à La Peyrouse, épouse à son tour en 1893 Françoise Fonsegrive aux Quatre Mailles, où sa mère est alors dite propriétaire. Lu sur l'original
Le 1er septembre 1900, Amédée Fromentière, venu de Pomport, épouse Marie Russat, fille de Félix Russat et Jeanne Teillet, aux Quatre Mailles. L'acte précise qu'un contrat « a été passé le dix-neuf août mil neuf cent, devant Me Larobertie, notaire, à la résidence de Saint-Alvère » — minutes cotées 3 E 21757, non consultées à ce jour. Lu sur l'original, verso compris
Leur fils Philistin Fromentière naît au village le 27 janvier 1907 — l'acte nomme sa mère Marie Russat (et non « Plussat »). Le prénom et la date complète de naissance permettent un rapprochement précis, quarante ans plus tard, avec la Liste officielle des prisonniers de guerre français du 5 septembre 1940 : même prénom, même jour, même mois, même année, même commune — soldat de 2e classe au 439e R. P. La liste ne précise ni camp, ni date de capture, ni durée de captivité.
Le plan cadastral de 1824 (feuille C1, 3 P 3 4621) montre huit masses roses principales, plus un petit tracé gris — neuf unités graphiques au total, ce qui ne signifie pas neuf maisons : plusieurs corps se touchent, et le plan ne porte ni fonction ni nom de propriétaire. L'îlot ouest se développe en encart : une rangée septentrionale, un petit carré isolé, une masse centrale en croix, un long corps méridional. À l'est du chemin, une construction en L ; au sud, un ensemble en T ; au nord, deux mares. Lu sur l'original
Le plan rénové de 1956 (3 P 3 11288) redécoupe les parcelles et montre neuf masses hachurées dans le noyau ancien, plus une construction isolée : dix masses graphiques, non dix maisons habitées à cette date. L'attribution des bâtiments à telle ou telle famille — Lambert, Durand, Malaure — reste à faire : elle suppose la lecture de l'état de sections et de la matrice cadastrale de 1826 (registre des propriétaires), non encore réalisé pour ce village.
Sur la carte de Cassini, au XVIIIe siècle, le grand libellé « Quatre Mailles » domine le nord du bourg ; un symbole de hameau se trouve sous son extrémité orientale, probablement attribuable au village — sans certitude, le libellé étant décalé et le symbole pouvant aussi désigner d'autres maisons proches. Attribution du symbole probable, non certaine
Les dix-sept campagnes de recensement conservées, de 1836 à 1946, dessinent une courbe nette : un maximum documenté de 40 habitants, atteint en 1846 et de nouveau en 1876, malgré une baisse à 23 en 1872 — la remontée s'explique par le renouvellement des ménages, non par de nouvelles maisons, dont le nombre reste à neuf sur les deux dates. Ensuite, un repli continu : 28 en 1881, 18 en 1901, 15 en 1921, jusqu'aux 13 personnes de 1936 et aux 17 inscrits (16 non rayés) de 1946.
| Année | Maisons | Ménages | Personnes |
|---|---|---|---|
| 1846 | 10 | 10 | 40 |
| 1861 | 9 | 9 | 37 |
| 1872 | 9 | 9 | 23 |
| 1876 | 9 | 9 | 40 |
| 1901 | 7 | 5 | 18 |
| 1921 | 5 | 5 | 15 |
| 1936 | 4 | 4 | 13 |
| 1946 | 3 | 3 | 17 inscrits 16 non rayés |
La liste nominative de 1946 compte trois ménages — Théon, Augier-Raynaud, Fromentière — et dix-sept personnes ; une ligne est barrée, celle d'un domestique noté « P. G. A. » (prisonnier de guerre allemand), sans que la source précise ni la date ni le motif de cette radiation. Le récapitulatif du 15 avril 1946 conserve les dix-sept individus, dont seize Français et un étranger. Lu sur l'original
Une feuille volante datée de février 1951, qui déclare reprendre le recensement de mars 1946, donne pourtant pour « Quatremailles » 4 maisons, 3 ménages et 13 habitants — un chiffre inférieur aux dix-sept inscrits de la liste nominative de 1946 elle-même. Ce n'est pas une nouvelle observation de 1951 : c'est une discordance interne aux archives de recensement, qui reste à expliquer sans choisir arbitrairement le plus petit chiffre.
Le 24 novembre 2020, la communauté de communes de Bergerac-Pourpre étend son droit de préemption pour un projet d'installation de familles et de développement agricole, visant notamment une maison aux Quatre Mailles. Le rapport d'activité 2021 du CAUE de la Dordogne décrit alors des maisons inoccupées qui se dégradent et des prairies enfrichées, avec l'accompagnement de la commune pour réhabiliter le bâti. Le 25 octobre 2022, la convention opérationnelle avec l'Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) est autorisée pour la requalification des bâtiments.
Le bulletin municipal de novembre 2025 retrace la chaîne foncière achevée : l'EPFNA a été propriétaire temporaire, puis la commune a racheté les biens bâtis en 2025 ; deux agents immobiliers sont mandatés pour la vente rapide des maisons, et « à la date d'aujourd'hui, deux maisons sont déjà en cours de vente ». Aucune vente n'est présentée comme achevée à cette date. Lu sur l'original
Le PLUi-H approuvé en 2024 relie le secteur des Quatre Mailles à celui de La Croix Rouge dans une orientation d'aménagement (SFV1) couvrant environ 4,5 hectares, annonçant une dizaine de logements en zone urbanisable et seize en zone à urbaniser, en deux phases. Ces chiffres décrivent une capacité programmée, pas des logements déjà livrés. Le dernier état documentaire précis retrouvé pour l'avancement du projet est ce bulletin de novembre 2025 ; l'achèvement des ventes, des réseaux et des constructions annoncées reste à vérifier par des sources ultérieures. Projet en cours, non achevé à ce jour
Les registres paroissiaux et l'état civil disponibles ont été lus pour ce village ; la principale lacune reste la propriété parcelle par parcelle, de 1824 à aujourd'hui. Rien dans les documents consultés ne permet d'attribuer un bâtiment précis du plan de 1824 à une famille nommée.
État de sections A-E et matrice des propriétés bâties et non bâties de 1826 : pour les parcelles C146-170 et C193, propriétaire, nature et contenance, et le suivi des mutations jusqu'en 1914.
Matrice du bâti de 1882 et propriétés bâties 1910-1955 : démolitions, constructions nouvelles, concordance avec le plan de 1956.
Minutes de Me Larobertie, Sainte-Alvère, 1863 et 1868 : contrats de mariage Malaure-Claveille (8 février 1863) et Aujier-Claveille (3 août 1868).
Minutes du même notaire, 1893 et 1900 : contrats Augier-Fonsegrive (22 janvier 1893) et Fromentière-Russat (19 août 1900).
Répertoire Larobertie, 1862-1899 : chercher Jurestal, Libersac, Claveille, Augier, Malaure, Valeton pour des ventes, donations ou partages.
Collection Gourgues, aux Archives nationales : piste pour retrouver l'acte notarié de 1660 derrière le renvoi imprimé.
Feuilles complémentaires du recensement de 1946 : éclaircir la discordance avec la feuille datée de février 1951 (13 habitants contre 17).
Listes de recensement manquantes (1886, 1896, 1906, 1911) : peut-être conservées en double aux archives communales.