Dossier d'archives · Dordogne
Une petite maison au nord du Cirier, sur le chemin de La Ruffie : des Millial puis des Charrière qui, pendant plus d'un siècle, tirent leur nom de ce lieu avant de le passer à des Chort et à un cantonnier (ouvrier chargé de l'entretien des routes) venu du Lot. Quatre bâtiments dessinés en 1824, six habitants encore comptés en 1846 — puis, entre deux recensements, plus personne : le nom reste sur le cadastre, sans qu'aucun mur n'y soit resté debout.
La Bouyguette se situe au nord du hameau du Cirier, au sud de la route aujourd'hui dite route de la Vallée, dans le voisinage immédiat de La Ruffie. La feuille cadastrale de 1824 place son petit groupe bâti à l'ouest de La Ruffie, relié au réseau de chemins du Cirier ; sur cette même feuille, le voisin porte une forme écrite proche de « la russie ». Cadastre 1824, lu sur l'original
Le mot employé pour désigner le lieu varie selon les documents : « lieu », « maison », « village ». Aucune pièce consultée ne le qualifie de repaire, de maison noble, de château ou de moulin ; aucun bail ne démontre non plus une fonction de métairie (ferme exploitée par un métayer). Petit écart agricole est la description la plus fidèle à ce que montrent les sources : deux maisons et deux ménages au recensement de 1846, une seule maison dans les cinq recensements suivants qui isolent le lieu, de 1851 à 1872.
Le périmètre cadastral contemporain nommé « LA BOUYGUETTE » couvre environ 7,8 hectares, entre un espace ouvert allongé et des parties boisées. Ce contour du nom de lieu n'est ni une propriété unique ni la limite prouvée d'un domaine ancien : c'est le périmètre de l'objet numérique consulté le 29 septembre 2026, créé le 20 octobre 2016 dans la base cadastrale. Données DGFiP/Etalab
Les formes documentées appartiennent à deux séries : Boygue/Bouygue, dans les actes de 1761, 1765 et 1771, puis Bouiguette/Bouyguette, avec ou sans article soudé, à partir de 1779. La formule la plus parlante est celle du 18 mars 1765 : Catherine milhal, née la veille de Reymond et Marie mauri, est dite de « La boygue près du sirier » — un repère de voisinage qui rend l'identification très probable. Lu sur l'original
Une mention du 26 novembre 1673 pourrait porter « La bouiguette », mais l'encre a traversé le papier et la lecture reste insuffisamment nette pour en faire une attestation incontestable : c'est le plus ancien candidat, non une date de fondation. Lecture très incertaine La première localisation solide reste celle de 1765 ; la forme complète et parfaitement lisible « la bouiguette » apparaît dans le baptême du 21 novembre 1779.
L'explication par la famille occitane de bouigue/bouygue, apparentée à bousiga (FEW, I, p. 424), renvoie à des terres en friche ou mises en culture par défrichement ; le diminutif désignerait une petite parcelle de ce type. Le rapprochement avec ce lieu précis reste une interprétation linguistique, non le souvenir démontré d'un défrichement daté. Robert Geuljans, 2025 ; application locale hypothétique
La notice de Gourgues (1873, p. 39) porte « Bouyguette (La), lieu, cne de la Monzie-Montastruc » : l'image imprimée ne nomme pas Saint-Félix. De même, le vignoble de « Bouiguette » de Gabriel Deschamps, sieur (titre donné à un notable) de Bouiguette et bourgeois de Bergerac, cité dans plusieurs inventaires judiciaires, est situé par René Costedoat à Prigonrieux, où Deschamps en fit reconnaissance au duc de La Force le 18 juin 1741 ; la carte de Belleyme qui accompagne l'article place ce bien près de La Force, à des dizaines de kilomètres d'ici. Deux exclusions lues sur l'image
Le mariage de Marc Charrière et Anne Miliad, le 4 février 1779, ne donne ni domicile ni filiation. Le lieu est attesté explicitement neuf mois plus tard : Marie chariere naît le 20 novembre 1779 « de la bouiguette », est baptisée le 21, et une note ajoutée en marge de l'acte indique qu'elle est ensevelie le 24 novembre — un deuil rapide, à quatre jours de la naissance. Lu sur l'original, marge comprise
Deux formules suivent, à quatre ans d'écart, qui établissent une maison familiale identifiée par le toponyme : en 1784, l'enfant Marie chaviere naît « de la maison de bouiguette » — une lecture qui corrige le « beniguille [?] » (lecture incertaine) d'une lecture plus ancienne ; en 1788, Marc et Anne sont dits demeurant « dans leur maison de la bouiguete ». Le possessif ne remplace cependant pas un titre de propriété : la qualification civile explicite de propriétaire pour Marc n'apparaît, dans les pièces réunies ici, qu'en 1815. Lu sur les originaux
La famille traverse plusieurs deuils infantiles : outre Marie en 1779, une autre Marie naît en juin 1791, et l'acte de sépulture d'une enfant de ce nom, âgée d'environ six mois, est enregistré à La Bouyguette en janvier 1792. Le rapprochement des deux actes est probable, sans être certifié par une filiation dans la sépulture. Rapprochement probable, non certifié
Le baptême du 28 septembre 1798 (8 vendémiaire an VII) donne naissance à Pierre Charrière, fils de Marc et Anne millial, « à labouiguete », né la veille à sept heures du soir. Cet enfant est celui qui, soixante-deux ans plus tard, se remariera au même lieu — la filiation la mieux verrouillée de tout le dossier. Confirmé par le remariage de 1860
Le 14 mai 1793, Jean Bourbon, laboureur (paysan qui cultive la terre) né à Saint-Georges, épouse Anne miliat, 22 ans, fille de Reymon miliat et Marie Maury, rattachés à « labouiguete ». Une autre Anne miliat, 32 ans, journalière (ouvrière payée à la journée), est témoin du mariage : son domicile initial, Lapouleille, a été biffé sur l'acte au profit de La Bouyguette. Rien dans le document ne dit que ces deux femmes sont sœurs. Les deux domiciles biffés, lus côte à côte sur l'original
L'âge de la mariée correspond à l'Anne baptisée à La Bouygue en mai 1771 ; elle n'avait que sept ans en février 1779 et ne peut donc pas être l'épouse de Marc Charrière. La témoin de 32 ans est une candidate possible pour cette dernière, mais aucun acte ne l'affirme explicitement. Hypothèse, fondée sur trois actes rapprochés
En décembre 1815, Marc Charrière est expressément qualifié de propriétaire à Labouyguette dans deux actes rapprochés : la naissance, le 2 décembre, de Marc, fils de Jean Charrière et Suzanne Vicord [?], puis le décès de ce nouveau-né, cinq jours plus tard. Lu sur l'original, les deux actes
Marc meurt à La Bouygnette le 17 octobre 1837, veuf, âgé de 83 ans, cultivateur, né à Sainte-Marie-de-Vergt ; la déclaration est faite le lendemain. Acte lu en entier
Le décès d'Anne, sa femme, est daté du 6 décembre 1827 dans l'acte qui la nomme, mais celui-ci la présente comme l'épouse de Jean Charier, non de Marc — un autre Jean, âgé de 60 ans en 1818, est par ailleurs qualifié de grand-père d'un enfant défunt du même lieu. Ces prénoms ne doivent pas être silencieusement corrigés : erreur du rédacteur, usage de plusieurs prénoms ou homonymie sont des explications également possibles, qu'aucun document consulté ne tranche seul. Contradiction non résolue
Le plan de 1824 n'inscrit aucun nom de propriétaire : attribuer les bâtiments D 210 et D 211 aux Charrière reste à vérifier dans l'état de sections (63 P 1716) et la matrice cadastrale (registre des propriétaires ; 63 P 704), non encore consultés.
En 1846, La Bouyguette compte deux maisons, deux ménages, six personnes : Jean Charrière, 64 ans, et Suzanne (lue Ricard [?]), 59 ans, sa femme ; Léonard Chort, 53 ans, cultivateur, Françoise Macon, 45 ans, sa femme, et leurs deux filles Marie, 10 et 5 ans. L'âge de Léonard (53 ans) est cohérent avec les 41 ans qu'il déclare à son mariage de 1834 (41 + 12 = 53). Lu sur l'original
Les recensements suivants — 1851, 1856, 1861, 1866, 1872 — n'isolent plus qu'une seule maison, parfois partagée par deux ménages : Chort–Comte en 1851 ; Charrière et Beauvais–Delluc en 1856 ; Charrière–Verrouilh et Clément–Pélougne en 1861 ; un couple noté « Chanière–Vinouilh [?] » en 1866. Une baisse de deux maisons à une ne prouve pas une démolition : regroupement, changement d'occupation ou de rubrique restent possibles.
Le 21 août 1860, Pierre Charrière, 62 ans, veuf, cultivateur, né et domicilié à Labouyguette, épouse Marie Verroul, 59 ans, des Pigats. L'acte cite un contrat du 2 août, reçu par Me Reynier à Sainte-Alvère, ainsi que cinq pièces produites : l'acte de naissance du 8 vendémiaire an VII, les décès du père (18 octobre 1837) et de la mère (6 décembre 1827), et le décès de la première femme de Pierre, daté du 7 juillet 1852, dont le nom n'est pas rappelé dans le passage lu. Acte lu en entier, y compris la liste des pièces
En 1872, La Bouyguette abrite le ménage de Jean Ladgié, 39 ans, cantonnier né à Salviac (Lot), sa femme Marie Javerzac, 34 ans, et leurs filles Marie, 8 ans, et Jeanne, 6 ans — une maison, un ménage, quatre personnes. Le même feuillet montre, sous la rubrique Plants, un couple Charrière/Verrouilh dont l'âge concorde avec le passage de Pierre et Marie de La Bouyguette aux Plants entre 1866 et 1872. Lu sur l'original
Marie Verrouil meurt aux Plants le 30 juin 1874, à 71 ans, épouse de Pierre Charrière — un décès qui confirme la filiation avec l'épouse de 1860. Pierre est encore recensé veuf, 78 ans, aux Plants en 1876. Du côté des Ladgié, la famille passe par la Combe de Lugon dès 1876 ; Jeanne Ladgié y épouse en 1884 un boulanger du Moulin Bessou. Ces suivis racontent le devenir des deux ménages ; ils ne constituent pas de nouvelles mentions d'habitation à La Bouyguette.
Le 23 janvier 1849, Pierre Chort, maçon de 32 ans né à Leymarie, fils de Léonard Chort et de Louise Ponterie (décédée), habite La Bouyguette comme son père cultivateur, présent au mariage. Il épouse Jeanne Barjou, 31 ans, de Lapalu, fille des défunts Jean Barjou et Anne Delbos, regrattiers (petits revendeurs). Lu sur l'original pour le début et les domiciles
Le mariage de Léonard Chord, 41 ans, fils de feu Pierre Chord et de Catherine Milliard, avec Marie Maury, 27 ans, née au Bugue, a lieu en novembre 1834 : le mot des dizaines se lit sans ambiguïté raisonnable « vingt-six », non « vingt-trois » — la forme, courte, avec le jambage haut typique du « s » long de cette main, est incompatible avec la forme nettement plus longue qu'aurait « trois ».
Une première lecture avait compris le 23 novembre 1834, alors qu'une lecture plus ancienne donnait le 26. À fort grossissement, l'acte porte bien le 26 novembre 1834 : cette lecture avait raison. Cela ne change aucune filiation ni aucun âge (Léonard Chort 41 ans, Marie Maury 27 ans). Lu sur l'original (AD24 5 E 409/8, mariages 1834, vue 7)
Les ménages de La Bouyguette ne s'emboîtent pas sans difficulté : en 1846, Léonard Chort a pour épouse Françoise Macon, 45 ans ; en 1848, Marie Mauri, 48 ans, meurt à La Bouyguette épouse de Léonard Chort ; en 1851, le registre associe un « Chort », prénom écrit « Léonore [?] », à Marguerite Comte, sa femme. Il peut s'agir de plusieurs Léonard, de remariages, ou d'erreurs de liste : raconter quatre unions successives d'un seul homme serait prématuré. Série d'unions non assurée
Sur l'état-major, la longue étiquette « la Bouyg[u]e[tt]e » est déportée d'environ 650 mètres à l'est du repère actuel, vers les terres cadastrées aujourd'hui Caveroussie. Ce décalage graphique ne localise pas automatiquement une seconde Bouyguette et ne démontre pas l'absence de maisons sur le site connu par le cadastre de 1824. Décalage mesuré, interprétation ouverte
Les photographies aériennes successives (couches IGN 1950-1965, 1965-1980, orthophotographie (photo aérienne) récente) montrent la même organisation d'ensemble : une clairière ouverte allongée, entourée de bois, sans logis identifiable avec certitude dans le contour cadastral actuel. Le relief LiDAR (relevé laser du relief) révèle des ruptures de pente et des irrégularités ponctuelles vers le centre du polygone, qui ne sont pas identifiées comme des ruines. Un relief n'est pas une ruine démontrée
La consultation du cadastre public du 29 septembre 2026 confirme l'absence de tout bâtiment cadastré dans le polygone LA BOUYGUETTE. La comparaison conduit à une conclusion mesurée : un groupe bâti attesté en 1824 et un lieu encore recensé comme habité en 1872 ne sont plus représentés par un bâtiment dans le périmètre cadastral actuel, sans que la disparition des constructions soit datée par les pièces réunies ici.
Les registres paroissiaux et l'état civil lus ici donnent une série continue de mentions du nom de lieu, de 1673 à 1872, et une famille bien suivie, les Charrière. Ce qui manque tient dans quelques cartons non encore consultés en salle : la chaîne des propriétaires, l'identité de la première épouse de Pierre Charrière, et la date de disparition des bâtiments de 1824.
État de sections et matrice de 1826 : relever D 210 et D 211, puis 205-213 — propriétaire, nature des biens, contenance, article matriciel. C'est la première opération à faire pour vérifier l'attribution aux Charrière.
Minutes du notaire Reynier à Sainte-Alvère, 1860 : chercher le contrat de mariage du 2 août, Pierre Charrière-Marie Verroul, expressément cité dans l'acte civil du 21 août. Identifier le notaire exact, les apports et les biens.
Répertoires de l'étude Reynier de Sainte-Alvère, 1851-1862 : contrôler date et numéro du contrat précédent.
Matrice des propriétés bâties, 1882 : chercher les maisons issues de D 210-211 et les mentions de démolition, conversion ou sortie après le dernier recensement positif de 1872.
Matrice des propriétés bâties, 1910-1955 : poursuivre le suivi du bâti et dater, si possible, sa disparition administrative.
Propriétés non bâties, 1914-1955 : suivre la reconversion des sols et la concordance des anciens et nouveaux numéros de parcelle.
Baptême du 26 novembre 1673 : demande d'accès à l'original selon les conditions de conservation, pour tenter de résoudre toponyme, patronymes et profession restés incertains sur la reproduction numérisée.
Deux formes ont été corrigées après lecture de l'original : l'acte du 3 janvier 1788 porte « Labouiguete » (et non « Labouriguete » : le r supposé est une ligature de plume), comme les actes voisins du même scribe (1779, 1784, 1791, 1792) et la forme très nette de 1798 ; le patronyme de l'épouse de Jean Charrière dans les actes de décembre 1815 se lit « Vicord [?] » (et non « Tricord [?] » : il n'y a pas de t initial sur l'original), conforme à l'acte de 1817 (« Ricord [?] ») et au recensement de 1846 (« Ricard »). Lu sur l'original