Dossier d'archives · Dordogne
Neuf hectares et demi de bois et de terres sur le versant nord d'un petit vallon — et, juste de l'autre côté du ruisseau, un vrai village qui porte le même nom, mais qui n'est pas dans la même commune. Depuis 1669, les registres racontent des Langlade, des Gauville, des Meynardie « frère et sœur » qui habitent tous l'autre Juge, celui de Saint-Marcel-du-Périgord. Deux actes de l'an II, en pleine Révolution, viennent pourtant placer une naissance et une mort « au lieu du juge de cette commune » — de Saint-Félix. La contradiction n'a pas été résolue ; ce dossier la conserve telle quelle, avec ses vingt actes et sa carte des deux périmètres.
Le point de repère retenu pour ce lieu-dit désigne un ensemble de bois et de terres du versant nord d'un petit vallon, dans la section D du cadastre de Saint-Félix-de-Villadeix — vingt et une parcelles, D 61-66, 68, 76-86, 342, 437 et 438, pour environ 9,6 hectares. Aucun bâtiment n'y est cadastré. Cadastre Etalab
Le nom qu'on attendrait d'y trouver bâti se trouve en réalité de l'autre côté du ruisseau, à environ 500 mètres au sud-ouest, dans la commune voisine de Saint-Marcel-du-Périgord (INSEE 24445) : un groupe de maisons qu'IGN et le cadastre de cette commune nomment tous deux « le Juge ». Les deux communes possèdent donc, aujourd'hui encore, chacune un lieu-dit « LE JUGE » — l'un bâti, l'autre non. C'est cette homonymie entre deux communes, et non une erreur de lecture, qui explique pourquoi tant d'actes « du Juge » des registres de Saint-Félix concernent en réalité des habitants d'une autre paroisse (l'ancienne circonscription de l'Église). IGN BD TOPO, cadastres 24405/24445
Le voisin immédiat au nord, sur les cartes et les vues aériennes, est Le Chêne — hors du périmètre cadastral du Juge, dont le bâti ne doit donc pas servir à écrire une histoire du bâti d'ici. Le plan de 1824 porte déjà le ruisseau « Barbeyrol » et la limite de la « Commune de St marcel » juste au sud des parcelles de Saint-Félix. AD24, 3 P 3 4623
Le nom traverse les siècles sans grande variation : Juge dès 1669, Jutge en 1671 — la forme occitane du mot, confirmée sur l'original, avec un « t » à hampe barrée bien net —, puis iuge et juge tout au long du XVIIIe siècle, une fois jugo en 1796, et enfin « LE JUGE » en lettres capitales sur les deux cadastres actuels. Cassini et Belleyme portent « Juge » sans article lisible ; l'état-major et le Plan IGN portent « le Juge ». Lu sur les originaux et les cartes
L'étymologie locale n'est pas établie. Aucun document consulté ne rattache le nom à un magistrat déterminé, à l'exercice d'une justice sur place ou à un seigneur portant ce titre. La ressemblance avec le nom commun juge ne suffit pas, à elle seule, à choisir entre une fonction, un sobriquet, un patronyme ou une autre transmission du nom. Aucune explication vérifiable n'a été trouvée dans les dictionnaires de noms de lieux consultés. Il serait prématuré de traduire le nom par « maison du juge ». Pistes non tranchées
Aucune attestation médiévale ni aucun acte antérieur à 1668 propre aux terres du Juge de Saint-Félix n'a été identifié dans les documents consultés. Le nom que l'on rencontre parfois associé à l'année 1650 provient en réalité d'une notice du Dictionnaire topographique de la Dordogne d'Alexis de Gourgues (1873) consacrée à un autre lieu, Combe del Capello, que l'auteur situe « près du Juge » — sans que l'acte notarié de 1650 qu'il cite pour Combe del Capello nomme lui-même le Juge. Son notaire, son étude et sa cote ne sont pas donnés ; l'acte n'a pas été retrouvé. Acte non localisé
Aucun terrier, hommage, accensement ou bail consulté ne fixe une dépendance seigneuriale propre à ces parcelles. Le cadre général de la châtellenie puis baronnie de Montclar, connu pour l'ensemble de la paroisse de Saint-Félix, ne démontre ni un fief du Juge ni son rattachement foncier particulier. Rien n'autorise à qualifier le lieu de maison noble, de repaire ou de moulin.
La plus ancienne attestation trouvée dans cette recherche ne vient pas des registres de Saint-Félix, mais d'un sondage complémentaire dans ceux de Saint-Marcel : un baptême daté « Le 1er 10bre 1669 », soit le 1er décembre 1669. La marraine (celle qui présente l'enfant au baptême) — dont le prénom reste à déchiffrer — porte le nom Delburge, après un mot rayé, et est dite femme de Buchion [?] Langlade (le « [?] » signale une lecture incertaine), « du village du Juge ». Lu sur l'original
Moins de deux ans plus tard, le 24 mai 1671, cette fois dans le registre de Saint-Félix, Margueritte Langlade, veuve de feu Jean Langlade dit Bonvicaire, habitante du « Jutge » de Saint-Marcel, est marraine d'une enfant née au Cirier, Marguerite Gauville, fille du tisserand Jean Gauville et d'Annette Valade. Le parrain, Gillies Vallade, laboureur (paysan qui cultive la terre), vient de La Malatie, paroisse de Fouleix. L'acte tisse un lien de parrainage entre trois lieux ; il ne prouve aucune parenté biologique entre les Langlade et les Gauville. Lu sur l'original
De 1751 à 1763, les Gauville — orthographiés tour à tour Gauville, Gauille, Gauvile — reviennent à plusieurs reprises comme parrains résidant « au village du iuge paroisse de St marcel ». Le seul prénom Pierre ne permet pas de fusionner toutes ces mentions : le 22 février 1762, un Pierre Gauville épouse Anne Chaumon ; le 24 septembre suivant, une petite Marguerite Gauvile est baptisée, fille d'un autre couple, Pierre Gauvile et Catherine Langlade — sa marraine, Marguerite Gauvile, étant expressément dite sa tante. En l'absence d'âge, de filiation ou d'une séquence décès-remariage, les deux couples Pierre Gauville restent distincts dans cette reconstitution. Lu sur les originaux
Ce baptême donne au passage l'explication d'un phénomène qui revient plusieurs fois dans les registres : pourquoi des habitants de Saint-Marcel apparaissent-ils dans les registres de Saint-Félix ? La réponse est écrite dans l'acte lui-même — le curé de Saint-Félix intervient en l'absence de l'archiprêtre de Saint-Marcel, comme le 10 décembre 1771 pour un autre baptême Gaumard-Chadourne. Il ne faut donc pas transformer cette présence en preuve de résidence à Saint-Félix. Lu sur les originaux
Le 28 février 1760, « monsieur Jean Meynardie » et « demoiselle Cristine Meynardie », expressément dits « frere et soeur », habitent le village du Juge et parrainent Cristine Puijaumier, fille de Jean Puijaumier, « sr de Labarthe », habitant lui du Sirier. Le titre de sieur (titre de notable) de Labarthe appartient donc à un homme d'un autre lieu — ni les civilités des Meynardie ni leur parrainage ne prouvent un fief, une noblesse ou la propriété du Juge. Lu sur l'original
Une mention, enfin, résiste à toute lecture assurée : le 20 juin 1751, un « Jean Fromentières [?] » meurt « presque subitement », âgé — au grossissement — de 27 ans plutôt que 23. Le nom du village est illisible avec certitude sur une page tachée ; il pourrait s'agir du Sirier plutôt que du Juge. Cette mention reste conservée pour mémoire, non comme un fait établi. Lecture incertaine
Tous les actes du XVIIe et du XVIIIe siècle rattachent sans exception le village du Juge à la paroisse de Saint-Marcel. Deux actes de l'an II viennent pourtant contredire cette règle, dans une écriture très soignée, quasi calligraphiée, qui exclut une lecture hâtive. Jérôme Roussel, laboureur, et Louise Blondin ont un fils, Pierre, né le 21 septembre 1793 à 22 heures — le formulaire de Saint-Félix situe le foyer « au lieu du juge de cette commune ». L'enfant meurt le 3 décembre suivant, à deux mois et demi ; l'acte du lendemain le dit né « dans la municipalité de Saint-Félix » — la mention est manuscrite, ajoutée à la main dans le corps imprimé, et le rédacteur complète aussi la formule de transport de l'officier « au juge ». Lu sur les originaux
Le 16 mars 1794, à 22 heures, naît Léonard Langlade, fils de François Langlade, cultivateur, et Lizabet Mirabet (lecture incertaine : « Mirabel » n'est pas exclu), également placés « au lieu du juge de cette commune ». Marie Langlade, journalière (ouvrière payée à la journée), habite au Juge et sert de témoin. De grands traits traversent l'acte ; aucune annotation lisible n'en explique la portée.
Le déclarant, Léonard Mirabet/Mirabel [?], habite un lieu que l'acte écrit, aux deux endroits où il apparaît, « Cantelaube » (un a, et non un o, à la deuxième syllabe). Une lecture plus ancienne avait proposé « Canteloube [?] ».
Ce lieu n'est pas identifié parmi les lieux-dits recensés ; cela ne change rien à l'attribution de la famille Langlade au Juge.
Trois explications restent ouvertes, aucune démontrée : une désignation du Juge débordant la limite communale, une habitation alors réellement située du côté de Saint-Félix, ou une pratique — ou une erreur — d'enregistrement propre à la période révolutionnaire. Le plan de 1824 ne montre pas de bâtiment dans le secteur correspondant ; cela ne prouve pas l'absence d'une maison disparue entre 1794 et 1824. Aucune modification de frontière communale n'a été établie. Contradiction non résolue
Deux ans plus tard, en 1796, Antoine Guillien, laboureur, et Marie Escurier [?], parents de la mariée Petronille Guillien, sont dits demeurer « au jugo » — lettres lisibles avec certitude, identification au Juge proposée mais non imposée par le seul suffixe -o. Hypothèse
Le 18 septembre 1804, un François Langlade, 37 ans, agriculteur, signe comme témoin à un mariage : il demeure cette fois explicitement « au juge Commune de St marcel ». Il pourrait être le père rencontré en 1794 ; l'acte ne donne ni épouse ni parents, ce rapprochement reste hypothétique. Identité plausible, non démontrée
Le 3 septembre 1840, Jean Marchandou, 22 ans, cultivateur domicilié à Garrissade, épouse Marie Sirvin, 25 ans, cultivatrice à Lacabane. Il est dit né au village du Juge, commune de Saint-Marcel, fils de Jean Marchandou, cultivateur à Garrissade, et de feue Elisabeth Desplat. L'acte de mariage énumère l'acte de naissance du marié, daté du 3 janvier 1818, et le décès de sa mère, daté du 30 juillet 1832 — deux pièces encore à relire dans l'original pour distinguer date d'acte et date de naissance. Lu sur l'original
Ce document établit un passage du lieu de naissance — le Juge — à un domicile ultérieur — Garrissade — pas une date de déménagement ni une acquisition de propriété. Le plan de 1824 ne figure toujours aucun bâtiment dans le secteur nord du Barbeyrol correspondant au Juge cadastral de Saint-Félix. Plan de 1824 consulté
Le dossier communal du XXe siècle ne fournit aucun événement individualisé pour ce lieu. Les dix-sept recensements disponibles ne contiennent aucune rubrique normalisée pour le Juge de Saint-Félix — ND signifie non déterminé, jamais zéro habitant ; le village bâti, situé à Saint-Marcel, relève des recensements de cette autre commune. Listes des ménages consultées
La comparaison aérienne apporte en revanche une histoire du paysage. Les mosaïques 1950-1965 montrent un versant compartimenté, en partie ouvert, avec arbres, haies et petites unités ; celle de 1965-1980 conserve des ouvertures au sein du versant arboré. Dans l'image récente, le couvert boisé paraît plus continu, tandis que le fond de vallon reste largement ouvert et agricole. Cette comparaison reste visuelle : elle ne mesure ni des surfaces boisées ni une date précise d'abandon des parcelles. Lecture qualitative
Sous le couvert boisé, le modèle numérique de terrain LiDAR (relevé laser du relief) laisse deviner des talus et des compartiments de relief. Aucune datation ni interprétation archéologique n'en est démontrée ici : c'est un relief visible, pas un diagnostic. Hypothèse, sans datation
Le lieu-dit cadastral de Saint-Félix demeure, dans les données consultées, sans bâti enregistré, associant bois et terres de vallon. Les sources actuelles relèvent 3,57 ha de surfaces agricoles déclarées au registre parcellaire graphique 2024, principalement en blé tendre d'hiver (2,43 ha), avec de la betterave non fourragère (0,67 ha), une surface temporairement non exploitée (0,24 ha), une jachère (0,18 ha) et une prairie permanente (0,05 ha) — des catégories déclaratives d'une seule année, non une histoire des cultures de chaque parcelle. Données RPG 2024, secondaires
Le PLUi-H (plan local d'urbanisme intercommunal) approuvé le 26 novembre 2024 attribue environ 5,84 ha à la zone N et 3,72 ha à la zone Atvb, ainsi que 3,73 ha de zone humide et environ 666 m de haies et ripisylves repérées. Une partie du lieu est en outre comprise dans la ZNIEFF (zone naturelle d'intérêt écologique) 720012869, « Coteaux xérothermiques de Sainte-Foy-de-Longas » (5,46 ha, environ 57 % du périmètre). Ces chiffres décrivent une extraction de données datée, non l'état réglementaire en vigueur en 2026. Extraction PLUi/ZNIEFF, secondaire
Le plan de 1824 décrit des parcelles, mais aucun propriétaire ; les matrices et l'état de sections n'ont pas été consultés pour ces terres. Aucune succession de propriétaires, aucun héritage, bail à métayage ou achat du Juge de Saint-Félix ne peut, à ce stade, être donné. Le mot laboureur, cultivateur ou agriculteur ne distingue pas, à lui seul, propriétaire exploitant, fermier et métayer. La question la plus utile pour un futur dossier reste celle de la contradiction de l'an II : à qui appartenaient réellement, en 1793-1794, les terres où l'on a écrit « au lieu du juge de cette commune » ?
État de sections de Saint-Félix, sections A à E, sans date dans l'inventaire : rechercher Juge/Jutge, identifier les numéros anciens et les propriétaires des terres au nord du Barbeyrol, relever les natures de culture.
Matrice des propriétés bâties et non bâties, 1826 : à partir de l'état de sections, suivre chaque compte et vérifier l'existence éventuelle d'un compte au nom d'un habitant du village voisin.
Non bâti 1914-1955 : suivre la propriété et les changements de nature de culture au XXe siècle, relier ancien et nouveau parcellaire.
Bâti 1882 et 1910-1955 : tester un bâtiment disparu ou une attribution de bâtiment à la mauvaise rive, sans présumer qu'un article existe pour le Juge de Saint-Félix.
Saint-Marcel, 1793-an XI, avec lacunes indiquées par l'inventaire : chercher les doubles, renvois ou absences correspondant à Pierre Roussel (1793) et Léonard Langlade (1794), pour tenter de résoudre le rattachement territorial.
Saint-Marcel, 1813-1822 : relire l'acte du 3 janvier 1818 de Jean Marchandou — date réelle de naissance, prénom du père, domicile des parents.
Saint-Marcel, 1823-1832 : tester l'acte de décès d'Elisabeth Desplat du 30 juillet 1832 ; si absent, chercher sans présumer Saint-Marcel.
Saint-Marcel, 1669-1711 (années discontinues), 1737, 1743-1790, et tables décennales 1793-1902 : reconstituer les Langlade, Gauville, Meynardie, Chadourne et Gaumard du village de Saint-Marcel.
L'acte notarié de 1650 cité par Gourgues, p. 352 : aucune cote ni étude identifiée à ce jour — rechercher d'abord ses notes et la provenance de sa référence « Combe del Capello », sans inventer une cote notariale.
Cadastre, matrices et recensements de Saint-Marcel-du-Périgord : histoire du village bâti et de ses exploitants, à mener séparément de ce dossier.